‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 142 sur 479 · PROJETS SUR L'ITALIE · texte numérisé non relu

PROJETS SUR L'ITALIE

Les systèmes politiques qu’une génération offre à l’activité d'un homme d'État sont peu nombreux et simples. Une fois au pouvoir, il se porte d’une prompte inclination vers celui dont la réalisation absorbera sa vie. Mais le danger de ces vues si naturelles et si fortes est dans la précipitation. Lancé en avant, l'homme d'imagination ardente ne remarque pas toujours qu'on ne le suit pas et qu'il est seul. Les jeunes gens surtout sont pressés et ne veulent pas faire crédit aux années, qui, pourtant, les payent toujours avec usure.

C'est ainsi que Richelieu, au moment où il adresse à Schomberg les belles instructions dont il sera toujours si fier et qu’il a soigneusement insérées dans ses Mémoires, parce que leur portée s'étend sur toute sa carrière politique, complique singulièrement le problème des relations extérieures de la France par la hâte avec laquelle 1l traite les affaires d'Italie.

Son ambition est de les régler d’un seul coup, et par une initiative nouvelle et hardie émanant de la France seule.

L'idée première de ce projet apparait tout d'abord dans la correspondance du comte de Béthune, ambassadeur en Italie; c’est un diplomate intelligent, actif, expérimenté, mais, comme la plupart des agents qui résident au dehors, plus frappé par le prestige d’une politique d'action que retenu par l’appréhension des difficultés qu’elle soulève et des sacrifices qu’elle impose (1).

Cette idée embryonnaire, Richelieu la fait sienne, la développe, en tire tout un programme. Après avoir consulté, — pour la forme probablement, — le prudent Villeroy, qui, par calcul peut-être, encourage les témérités de son jeune successeur (2), 1l se lance à

textes des Instructions données à Schomberg (t. V, fo 275 et f° 290). A la fin du texte on lit la mention suivante : « Cette même instruction avoit été baïllée par ledit Sr de Richelieu à M. Miron allant pour le roi en Suisse. »

(1) Sur l'initiative prise par Béthune, voir lettre de Tresnel du 31 décembre 1616, Affaires étrangères, Rome (f° 400), et cfr. Ambass. Vénit., vol. 1770, f° 225 : « Il est arrivé avant-hier un courrier de M. de Béthune, proposant à S. M. de provoquer une conférence où il serait traité des affaires communes et de la paix d'Italie... 11 conseille en même temps à S. M. de ramener toute cette négociation à Paris... » La lettre est du 3 Janvier 1617.

(2) Villeroy garde une réelle influence sur les affaires, sous le ministère de son nouveau collègue, qui le consulte souvent. Voir Corresp. (t. I, p. 201 et 241, et t. VIL, p. 419). -

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