POLITIQUE A L'ÉGARD DE L'ESPAGNE
comme c’est le point faible de la situation politique dans laquelle les ministres sont engagés, c’est aussi le point faible des instructions. Le maréchal d’Ancre est penché par-dessus l'épaule du rédacteur; celui-ci atténue, insinue; il glisse; mais il appuie trop encore : « Celui dont on parle est bien loin du degré d’élèvement où beaucoup d’autres sont parvenus; il est seul étranger élevé, (c'est-à-dire élevé aux honneurs), étranger tellement François qu'il ne fait part de sa fortune à aucun autre que François. Combien des meilleures maisons du royaume avancées par son entremise?.… Quel sujet y a-t-il de plainte? S'il y en a, c’est de ceux qui les font et non de ceux de qui elles sont faites, pouvant dire avec vérité (pour clore ce discours en trois mots) que le gouvernement a été et est tel que, si on le considère sans passion, on n’y trouvera rien à reprendre, si ce n’est d’y voir {trop de clémence sans riqueur, trop de bienfaits sans chätiments ». Ces dernières paroles sont fières. Prononcées par le maréchal d’Ancre lui-même, elles passeraient pour insolentes; dans la bouche de ses ministres, elles sont au moins téméraires. On ne fait parler les rois sur ce ton que quand on à en vue des œuvres royales. Mais quand ce sont les favoris qui usurpent ce langage, la « rigueur » n'est pas loin et les « châtiments » ne se font pas attendre. |
Telles quelles, les intructions données à Schomberg sont remarquables par la netteté avec laquelle elles affirment l’indépendance de la cour de France à l'égard de l’Escurial. A ce point de vue, elles sont en contradiction si formelle avec la politique générale suivie par la reine pendant sa régence qu'on ne peut qu'être frappé de l'espèce d’instinct qui, si longtemps à l'avance et en dépit des circonstances ambiantes, pousse dans sa vraie voie le futur cardinal de Richelieu (1).
(1) RicHeuIEU en joignant à ses Mémoires le texte des Instructions à Schomberg fait les réflexions suivantes : « Et d’autant que l’Instruction que je dressai pour le comte de Schomberg explique fort particulièrement l’ordre qui lui fut donné et justifie le mieux qu'il se peut toute la conduite du gouvernement de l’État depuis la mort du feu roi, joint que les princes d'Allemagne étaient ceux que principalement on considéroit, j'ai cru devoir la mettre en note pour la commodité du lecteur. » Edit. Mich. et Poui. (t. I, p. 137). Voir le texte plus complet donné par M. AvVENEL, Corresp. (L. I, p. 208), avec les mentions bibliographiques complémentaires qui sont au t. VIII (p. 12). — On trouve dans la correspondance d'Allemagne aux Archives des Affaires Étrangères deux