‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 151 sur 479 · ORGUEIL CROISSANT DE CONCINI · texte numérisé non relu

ORGUEIL CROISSANT DE CONCINI

mander les troupes, ni pour négocier; l'argent manque. Sa cause est détestée, parce qu’on la considère comme celle du maréchal. Guise, qui est à la tête des troupes de la reine, me disoit lui-même qu'il ne se faisoit aucune illusion, et que le dessein du maréchal étoit de ruiner les princes pour arriver à son but, à savoir d’être connétable de France, et de régner seul sur la cour (1). »

On en revient toujours à ce malheureux Concini. Tous les efforts faits auprès de l'opinion, toute l’activité déployée se heurtent à cette réflexion que c’est pour le marquis d’Ancre que l’on travaille, et que ces gens qui parlent si haut, se subordonnent volontairement aux vues personnelles du favori. Les observateurs les plus réservés, comme Pontchartrain, s'expliquent encore en ce sens : « Ceux qui liront ceci noteront que les confidens du maréchal d’Ancre avolent résolu, pour maintenir ledit maréchal en son autorité et au pouvoir absolu qu'il prenoit dans le royaume, qu'il était nécessaire d'entretenir toujours la guerre, parce que le moyen qu’il avoit d'y employer ses créatures et d'y prendre telle part et l’emploi qu'il voudroit, lui donneroit et conserveroit son autorité (2). »

Arrivé au comble de la faveur auprès de la reine, Concini nour- rissait toutes les ambitions à la fois. Il poursuivait sa vieille idée de l'acquisition d’une souveraineté indépendante sur la frontière de la France. On dit que la révolte de Bouillon lui donnait lieu de penser à Sedan. En tout cas, il ne cachait pas son désir d’être nommé connétable. Il équipait des troupes à ses frais et avait sous la main un corps de plusieurs milliers d'hommes. Il eut l’insolence d'offrir au roi le concours de cette armée dans une lettre publique, rédigée en des termes tels que le roi de France paraissait l’obligé de l’aventurier (3)!

IL avait perdu, au début de l’année 1617, une fille qu’il aimait tendrement et qu’il comptait établir dans une des grandes familles du royaume. Sa femme était malade : « Elle est languissante ; elle va gonflant du ventre et des parties inférieures du corps, non

(2) Mémoires (t. IT, p. 268 et 271).

(3) Voir Levassor (t. I, p. 595).

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