‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 152 sur 479 · HAINE CONTRE LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

HAINE CONTRE LE MARÉCHAL

sans grande appréhension d'hydropisie; elle souffre beaucoup (1). » Le ménage était complètement détruit. Les deux associés se détestaient et ne restaient unis que pour la défense de ce qu'ils avaient acquis ensemble. Ces deuils et ces tristesses avaient rendu le maréchal irritable et sombre. Sa vanité ne connaissait plus de bornes. Au moment où le due de Guise partait pour l’armée, il le blessa cruellement (2). L'ambassadeur près du pape, Tresnel, est rappelé à Paris : « Le maréchal s’exprima sur son compte avec le plus grand mépris, disant que c’étoit une bête, qu’il se moquoit de lui, quil l'avoit fait attendre des heures dans son antichambre (3). » Telles étaient ses facons habituelles de parler et d’agir. Il ne traitait pas mieux les ministres, et même des hommes qu'il eût dû ménager. « Alberti, Alberti, mon ami, dit-il un jour, en serrant les mains

de Luynes, le roi m'a regardé d’un œil mauvais, con occhi furiost;

vous m'en répondez, Alberti, vous m'en répondez. »

Laissons parler encore un homme qui voit les choses de près, puisqu'il est dans le ministère, Pontchartrain : « La tyrannie de l'autorité du gouvernement du maréchal d’Ancre et des trois susnommés, Barbin, Luçon et Mangot, étoit si grande qu'aucun des grands ne la peut supporter; il fait des affronts aux uns et aux autres quand il se passoit quelque chose qui n’étoit pas agréable; il est toujours en dessein de faire chasser et congédier le reste du Conseil et les secrétaires d'État qui ne dépendoient pas entièrement de lui, de faire changer les officiers des cours souveraines, ôter ceux qui sont près la personne du roi. En somme, son procédé étoit si insupportable, qu'hormis quelques particuliers qu'il faisoit grandement gratifier, toutes personnes de toutes qualités lui vouloient mal et le haïssoïent (voire même ses propres domestiques), et, à son occasion, cette haine et malveillance alloit sur la reine mère, qui n'entendoit, voyoit et ne parloit à personne que par l'organe dudit maréchal, qui prenoit soin qu'aucun n’en püût approcher (4). »

(1) BeNTivocuto (t. I, p. 131).

(2) Ambass. Vénit. (vol. 1770, fo 315).

(3) Benrivoczro (t. I, p. 89).

(4) Mém. de PoNTCHARTRAIN (t. II, p. 275).

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