MISSION DE LA NOUE EN HOLLANDE
guments juridiques, la mesure de la gratitude que la République devait à la dynastie des Bourbons. Cette double action était très mollement combattue par notre ambassadeur à la Haye, Aubery du Maurier, diplomate silencieux et prudent, mais protes-
tant convaincu, et correspondant assidu de Duplessis-Mornay (1).
Quand La Noue arriva en Hollande, il ne trouva que de froids visages. Il avait pour mission de dissiper les méfiances; or, on se méfiait de lui. Un envoyé du prince de Bouillon, Varigny, plaidait la cause des rebelles. Entre ces sollicitations diverses, les esprits étaient partagés. Les grandes querelles religieuses qui, à ce moment même, éclataient en Hollande, subordonnaïent toute politique aux passions déchainées. Le prince Maurice encourageait sous main Aersens etconseillait de refuser l’envoi des 4000 hommes réclamés par La Noue. Barnevelt, au contraire, se montrait favorable aux demandes de la cour de France. Les choses devaient trainer en longueur jusqu'au moment où les renforts deviendraient inutiles. En
somme, la Hollande, citadelle du parti protestant, refusait toute
créance aux protestations imprévues de l’évèque de Luçon (2). En Allemagne, la mission de Schomberg auprès des princes avait un peu mieux réussi. Parti dès les premiers jours de janvier, il avait vu, en passant, le duc de Lorraine et avait obtenu de lui des promesses verbales de concours et de fidélité. Puis, 1l s'était acheminé vers tous ces petits centres où pullulaient des rivalités et des dissensions qu'il comptait bien mettre à profit : Saverne où se trouvait l’archiduc Léopold, Durlach où résidait le marquis de Bade, Heidelberg, séjour de l'électeur palatin; « et, dit-il lui-même, si
les princes protestans, après m'avoir oùy, ne se comportent envers
Votre Majesté comme ils doivent, je leur taillerai, si je ne me trompe, plus de besogne avec les électeurs et princes catholiques qu'ils n’en sauroient de longtemps coudre; car la défiance n’est pas malaisée à faire naître entre ces deux ligues. » Partout, c’étaient des
(1) Outre l'ouvrage de M. Ouvré, il faut avoir sous les yeux la Correspondance de Dupcessis-Mornay, et les Mémoires pour servir à l'Histoire de Hollande et des autres Provinces-Unies où l'on verra les véritables causes des divisions qui sont depuis soixante ans dans cette république et qui la menacent de ruine, par Messire Louis AUBERY, seigneur DU MAURIER ; Paris, 1687, in-12.
(2) Voir Correspondance (t. VII, p. 923-925).