INSTANCES DES VÉNITIENS
Mais le nœud de la politique de l’évêque de Luçon était, comme nous l’avons vu, dans les affaires d'Italie. Ici, il avait subi un échec complet. |
A la fin de l’année 1616, les situations respectives étaient les suivantes : l'Espagne menaçait la Savoie; Lesdiguières avait passé les Alpes pour venir au secours du duc Charles-Emmanuel; Venise était en guerre avec l’archiduc Ferdinand. Battue, elle avait besoin de secours immédiat et prétendait se servir des défilés des Grisons pour faire passer les renforts que ses recruteurs enrôlaient en Suisse; mais elle ne pouvait le faire sans l'autorisation de la France.
Dès que l’évêque de Lucon a remplacé Mangot, les ambassadeurs s'adressent à lui et le supplient de prendre parti. Ils sollicitent, en même temps, une audience de la reine et exposent à celle-ci toutes les raisons favorables à l'alliance de la République avec les Grisons : « La reine nous écouta attentivement, montrant sur son visage qu'elle étoit satisfaite de ce qu’avoient fait Vos Seigneuries, et, se tournant vers l’évêque de Luçon, elle lui dit : « Vous « avez entendu ce qu’ils demandent; faites une dépèche immédia- « tement pour recommander à Gueffier que, puisque la Républi- « que veut faire son traité d’alliance avec les articles ajoutés, je ne « l’empèche nullement. » Nous la remerciâmes cordialement, ajoutent les ambassadeurs, et nous nous en allâmes avec une véritable surprise d’avoir trouvé en Sa Majesté une résolution si prompte et si ferme en ce qui concernoit cette affaire. Pour être plus sûrs, nous attendimes dans l’antichambre pour parler à M. de Lucon et pour lui demander de faire l'expédition conforme aux intentions de la reine. Il sortit, confirma les dires de Sa Majesté, ajouta qu'il alloit préparer l'instruction avec Mangot, et il joignit mille autres bonnes paroles d'obligation et de service pour notre République (1) »
Que fallait-il penser de cette attitude favorable? Luçon marquait-il déjà l'orientation nouvelle, plus indépendante, à l’égard de l'Espagne, qu'il comptait donner à sa politique? Était-ce simplement
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(1) Lettre du 5 décembre 1616 (vol. 1770, f° 151). RICHELIEU — T. Il. 23