DOUBLE JEU DE L'ÉVÊQUE DE LUÇON
courtoisie et bienveillance banales, naturelles chez un nouveau venu qui désire se faire bien accueillir? Cette résolution un peu. prompte ne venait-elle pas aussi d’une certaine ignorance des intérêts importants engagés dans cette affaire d'apparence si simple?
Quoi qu’il en soit, quelques jours après, Luçon reprend les concessions qu'il a faites un peu hâtivement. Il a probablement réfléchi aux conséquences d’une rupture déclarée avec l'Espagne sur cette question si grave des défilés alpins. Oui, la France interviendra dans les affaires d'Italie; mais elle interviendra comme il lui convient, en médiatrice, en arbitre, non en adversaire déclarée de l’une des deux parties en cause. L’ambassadeur du roi auprès des Grisons, Gueffier, recevra donc l’ordre de travailler à l'alliance «sous la condition toutefois que des difficultés ne viennent pas de la part des Vénitiens ». En même temps, on donne à Gueffier « les ordres nécessaires au cas où les difficultés viendraient des Gri-
sons » (1).
Quant aux affaires générales d'Italie, le point de vue de la cour de France n’est pas moins relevé : « Nous sommes venus à l’au-
dience de la reine mère qui nous a dit qu’elle vouloit, comme son défunt mari, rétablir la paix en Italie, qu'il falloit que tout passât par les mains de son ambassadeur, Béthune, si expérimenté et si bien disposé, que le dessein des Espagnols était manifeste et qu’ils vouloient être les seuls arbitres et dominateurs de la péninsule (2). »
. En présence de cette double réponse, Les ambassadeurs sont-ils satisfaits? En ce qui concerne l'affaire des Grisons, non certainement. Car ce n’est plus l’adhésion nette et franche à leurs vues qu'on leur avait laissé espérer quelques jours auparavant. Cependant, ils veulent douter encore et suspendent leur jugement. Quant au second point, ils semblent vouloir faire, de leur assentiment à la proposition qu'on leur soumet, une contre-partie de l'arrangement relatif aux défilés des Alpes. « Nous avons répondu : M. de Béthune ne quittera pas l’Italie, et la paix ne sera pas faite sans l'intervention de la France (3). » Intervention, au
(1) Lettre du 28 décembre (vol. 1770, fo 203). (2) Ibid., fo 189.
(3) Ambass. Vénit. (vol. 1770, f° 189).