ON MÉNAGE RICHELIEU
Il fut l'intermédiaire des négociations. Luynes n’était pas fâché de se servir de lui et de le ménager (1). Ainsi, dans ce désastre, 1l sut prendre immédiatement un rôle qui lui gardait, en somme, une certaine figure et qui le rendait utile aux deux partis.
Tandis que des collègues du ministère étaient mis sous les verrous ou traités en suspects, que les serviteurs du maréchal d'Ancre étaient « requis à son de trompe de sortir hors de Paris (2) », que tous les partisans de la reine mère étaient mis hors d'emploi (3); seul l’évêque de Lucon fut traité avec égards. Il le constate luimême avec satisfaction et il ajoute que Luynes « lui offrit de rester au conseil avec tous ses appointements (4) ».
Mais il crut plus habile et plus honorable de mettre ce peu d'influence qu'il s'était ménagée au service de sa maitresse.
La négociation dont il se chargea fut adroïtement conduite. Il fut décidé que la reine irait en son château de Moulins; qu’en attendant que les réparations fussent faites, elle pourrait s'arrêter à Blois; qu’elle ne serait accompagnée que de ceux qu’elle voudrait; qu'elle aurait pouvoir absolu non seulement dans la ville de sa résidence, mais dans toute la province où elle se trouverait située; qu'elle pourrait jouir de tous sesapanages et appointements et que, si cela ne suffisait, on lui donnerait davantage; que le roi la verrait infaiblement avant son départ, et que Barbin aurait la vie sauve et serait traité avec ménagement.
(1) La lettre de Richelieu à Luynes, du 10 mai, marque l’évolution, dans des termes frappants ; Richelieu, quinze jours avant, n’en écrivait d'aussi déférentes qu’au maréchal d'Ancre : « Je vous rends mille grâces des bons offices que, de plus en plus, vous continnez journellement à me départir et particulièrement de la confiance qu'il a plu au roi me témoigner, par votre moyen, en agréant l'honneur que la reine mère a voulu me faire en m établissant chef de son conseil et me mettant ses affaires entre les mains. Je ferai connaitre à tout le monde que je m'acquitterai de cette charge au contentement de S. M. » Correspond. (VII, 386).
(2) RICHELIEU, Mémoires (t. 1, p. 160).
(3) « De même, dit encore Richelieu, qu'en ces bâtiments qu’on mine par le pied, rien ne demeure, ainsi l’autorité de la Reine étant ruinée, tous ceux qui subsistoient en elle tombèrent par sa chute. » (Ibid., p. 160.) — Barbin, notamment, fut arrêté aussitôt et conduit au For-l'Évêque, puis mis à la Bastille. On lui fit son procès. Condamné au bannissement, sa peine fut commuée d’une étrange façon, car on décida qu'il subirait une prison rigoureuse. Néanmoins, vers la fin de 1619, sur les instances de la reine, Barbin put sortir de la Bastille et quitter la France.
(4) RICHELIEU, Mémoires (t..I, p. 161).