‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 18 sur 479 · MODE DE TRAVAIL DES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

MODE DE TRAVAIL DES TROIS ORDRES

mettait sur le même rang, mais que son extrême myopie écartait des affaires; Gaspard Dinet, évèque de Mâcon; Pierre Fenouillet, évêque de Montpellier, orateur plein de charme et de pénétration, Bertrand d'Eschaux, évèque de Bayonne, prélat bien en cour et ami de Richelieu; Gabriel de l’Aubespine, évèque d'Orléans, autre familier de Richelieu et dont nous avons déjà signalé le savoir, la vivacité et l'esprit; enfin notre héros lui-même, Armand du Plessis, évêque de Lucon. s

Ces jeunes évèques se partagèrent presque tous les rôles importants dans les délibérations de l’ordre ecclésiastique. Ils laissèrent aux prélats vénérables par leur âge et par leurs vertus les satisfactions d'apparat, mais ils se réservèrent la besogne utile et, par conséquent, l'influence. Leur calcul, d’ailleurs, ne se trompait pas et leurs efforts ne furent pas vains. C'est de leurs rangs que devait sortir, dans un avenir qui n’était pas éloigné, l’homme appelé à restaurer, pour un demi-siècle, cette ancienne tradition française qui assurait aux princes de l’Église une part prépondérante dans l'administration de l'État.

Pour se rendre compte de l’action personnelle de chacun des membres des États, il ne faut pas oublier qu'il n’y avait pas d'autre assemblée plénière que la séance d'ouverture et la séance de clôture (1). Dans l'intervalle, les frois ordres délibéraient séparément. Ils travaillaient à compiler les cahiers des provinces en trois cahiers généraux qui devaient être présentés au roi. Cependant, il surgissait parfois des questions d'ordre général ou d’actualité instante, sur lesquelles les trois États avaient intérèt à s'entendre. : Dans ce cas, l’une des chambres envoyait, auprès des autres, une délégation composée, le plus souvent, de certains membres particulièrement distingués ou compétents, et qui, après avoir exposé le point de vue de ses mandants, s’efforçait d'amener à ses idées la chambre qui l'écoutait. Ces délégations avaient une réelle importance, et c’est leur jeu qui dessine, sur le fond obscur des délibé-

(1) Toute initiative individuelle fut écartée par les États eux-mêmes, qui décidèrent qu'on ne pourrait faire en assemblée générale une proposition quelconque qui n'aurait été premièrement résolue par les députés du gouvernement auquel appartenait celui qui la faisait. FLorIMOND RaPinE (1, 162).

MERE er

PROPOSITIONS DU CLERGÉ. o

rations intérieures, la figure mieux éclairée de quelques-uns des membres de l'assemblée.

Dès les premières séances, la chambre ecclésiastique et particulièrement le groupe Duperron manifestèrent le désir de prendre en main la direction des débats (1). On mit d'abord sur le tapis la question de la méthode de travail et, aussitôt, nous voyons entrer en scène l’évèque de Luçon. Malgré sa jeunesse, 1l sort du rang, et c’est probablement sur les indications de Duperron qu'il fut placé à la tète d’une des premières délégations envoyées vers la chambre du tiers. IL était chargé, au nom de son ordre, de présenter les propositions suivantes : « Que les députés prêtassent le serment solennel de travailler saintement pour la gloire de Dieu, le service du roi et le soulagement du peuple, aux cahiers et de ne révéler de facon quelconque ce qui serait advisé aux chambres ; de venir, deux fois le jour, aux Augustins, le matin, de huit à onze heures et, la relevée, de deux à quatre, sauf le jeudi et le samedi après diner qu’on consacrerait à d'autres affaires. »

Cette démarche, naturellement bien accueillie, fut suivie d’une seconde autrement importante et dont furent chargés, auprès de la noblesse et auprès du tiers, deux autres évêques non moins chers à Duperron, Miron, évêque d'Angers, et Potier, évêque de Beauvais. Le clergé, après en avoir longtemps délibéré lui-même et non sans « contentions et difficultés, » demandait que certaines questions d'intérêt général pussent être distraites des cahiers, débattues à part, et que, les articles relatifs à ces questions une fois rédigés en commun , 1ls fussent remis aussitôt au roi, avec prière de faire connaître sa réponse avant la séparation des États. Cette proposition était le résultat de longues méditations. Ceux qui la faisaient voulaient emporter de l'assemblée des décisions graves, puisque ce système avait pour effet de donner une sanction au vote des États. Le coup était si hardi et si imprévu que le tiers en concut de l'alarme. Quand l’évêque de Beauvais eut exposé l'objet de sa mission, « il s'éleva un grand bruit, dit Florimond Rapine,.. les uns disaient que, sous cette apparence, il y avait quelque chose de

(1) Pour tout ce qui va suivre, je fais usage du Procès-verbal de la Chambre ecclesiastique des États, publié en 1650 par BEnery, in-f

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