‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 19 sur 479 · DÉMÉLÉS ENTRE LA NOBLESSE ET LE TIERS · texte numérisé non relu

DÉMÉLÉS ENTRE LA NOBLESSE ET LE TIERS

caché et peut-être de l'injustice. On soupçonnait une machination préparée par les habiles du conseil. »

Le conseil, cependant, était tout aussi inquiet que le tiers luimême. On comptait se servir du clergé et non pas le servir. Gette initiative vigoureuse mettait l’ordre ecclésiastique hors de tutelle et lui donnait barre sur la cour. Celle-ci eût été obligée d’en passer par les volontés de cet ordre trop ardent qui, comme il le dit luimème assez fièrement, était disposé, dans cette circonstance, « à s'acquitter de son devoir et à servir d'exemple aux autres ».

La cour se fâcha. La régente fit venir Sourdis et lui parla fortement. Joyeuse, de son lit de douleur, interposa sa haute autorité. IL entretint longuement Villeroy, et la délibération de ces deux sages vieillards aboutit à une transaction qui refroiïdit les tètes échauffées. Duperron n'osa pas soutenir ses amis. Il conseilla lui-même la retraite. Il ne resta de cet incident qu’une sorte de méfiance mutuelle. Les ministres comprirent qu'ils devaient craindre même leurs plus chauds partisans et que cette « chambre introuvable » menaçait de dépasser les vœux du pouvoir qui l'avait fait élire.

Richelieu ne s'était pas mis en avant dans cet incident qui menacait de brouiller l’ordre ecclésiastique avec la cour. Il agit là, comme il l'avait déjà fait, à Poitiers, avec son ami La Rocheposay, laissant les ardents s’aventurer et battre l’estrade, tandis qu'il se réservait pour l’heure de la retraite et des transactions ou agréables ou fructueuses.

C'est dans cet esprit que nous le voyons intervenir, quelque temps après, dans une circonstance non moins importante. L'ordre de la noblesse avait pris l'initiative de la lutte entre les classes privilégiées en proposant la suspension du droit annuel. C'était enlever à la bourgeoisie de robe les avantages qui résultaient pour elle de la vénalité des charges. Le tiers état répondit en réclamant la suppression des pensions.

Pour soutenir cette proposition devant le roi, le tiers fit choix d’un des hommes les plus distingués qu’il comptât dans ses rangs, le président du bailliage d'Auvergne, Savaron. C'était un très savant homme, un esprit hardi, une tête fumante. Rude, avec des flammes intérieures comme les montagnes de son pays, il eût pu

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