MARIE DE MÉDICIS À BLOIS (MAI-JUIN
L'évèque de Luçon avait pour oncle un chevalier de Malte connu sous le nom de commandeur de la Porte. C'était un homme d'humeur bizarre, mais d’excellent sens et jugement. Il avait été chargé par sa sœur, Suzanne de la Porte, de diriger les premières études du futur cardinal et il le connaissait bien; de bonne heure, 1l lui avait prédit un glorieux avenir. Cependant les succès de la famille ne l’éblouirent jamais et il garda toute sa vie, avec son neveu, des habitudes de sincérité et le langage d’une franchise parfois un peu rude (1).
(1) Amador de la Porte, frère puiné de Suzanne de la Porte, baptisé le 1e" juillet 1568. Son père, avocat de l’ordre de Malte, l'avait fait recevoir chevalier. Il était commandeur en 1619. La reine mère le nomma gouverneur d'Angers, à la mort du marquis de Richelieu. Plus tard, Richelieu le pourvut de la lieutenance du gouvernement du Havre. Il le fit nommer Grand-Prieur du Royaume, en 1640. IL mourut, deux ans après Richelieu, le 31 octobre 1643 (Correspondance, I, p. 626). — Richelieu analyse lui-même, très finement, la tournure d'esprit de son oncle dans les conseils qu’il lui donne au moment où, dans des circonstances délicates, il va prêter serment au roi pour le gouvernement de la ville d'Angers que vient de lui confier la reine mère (juillet 1619). Le neveu écrit à l'oncle « de répondre peu », de s’en tenir à des formules générales de dévouement au Roi et à la Reine. Si on le pousse : « Du reste vous savez bien que je suis bourgeois, qu'on ne me donne pas de grandes nouvelles; « et encore : « il sera à propos qu'il dise au Roi et à la cour, selon le sujet qu'il en viendra, qu’à la vérilé il est homme qui parle librement, mais qui fait toujours bien; » et encore : « il doit parler peu et brider sa liberté » (Correspondance, t. VIL, p. 463). — V. ma note, ci-dessus t. I, p.68, et