PREMIÈRES IMPRESSIONS
Quand l'oncle avaitappris à Malte, où ilse trouvaiten février 1617, la nouvelle de la nomination de l’évêque de Luçon à la secrélairerie d'État, il lui avait écrit une lettre de sa façon qui, en raison de la lenteur des communications, n’était parvenue à son adresse qu'au temps où — la fortune ayant déjà tourné — l’évèque était obligé de quitter le ministère et Paris précipitamment : « Je ne sais, disait le commandeur, si je dois me réjouir avec vous de la charge dontle Roi vous a honoré, vu le temps qui court. Je sais que Dieu vous à fait des grâces pour être capable des plus grandes choses. Mais ces temps turbulens et pleins d’infidélité, où la justice ne parait que rarement, me les font juger indignes de vous. Car, adieu vos contentemens, adieu votre santé, adieu tout repos. Vous êtes embarqué dans cet océan de confusion, sans l'aiguille et sans biscuit, et, qui pis est, le ciel justement irrité contre nous. Quel courage, quelle force et quelle fortune il faut pour conduire son vaisseau et sa répulation parmi {ant d'obstacles! C'est le voyage que vous faites, monsieur, et ce qui m'en fait redouter l’événement ({1).»
L'événement s'était produit tel que l'avait prévu le bon oncle, et maintenant le neveu, confus et meurtri, roulait sur le chemin de Blois avec la reine mère et sa cour.
Il semble que, dans les derniers temps de la vie du maréchal d'Ancre, 1l avait eu quelque pressentiment du drame qui se préparäit. Faisant ses confidences au nonce Bentivoglio et parlant de la faveur des Concini, il disait « qu’une pareille violence ne pouvait durer » (2), Il eût même voulu se garer; lui et Barbin auraient manifesté quelque envie de quitter la place.
Emportés par l’ardeur de la lutte et par la confiance en soi qui n'abandonne guère l’homme public, ils étaient restés; ils avaient poursuivi ardemment, jusqu’à la dernière minute, le succès; et, au moment où 1ls croyaient le tenir, la bourrasque s'était abattue
en outre : Mémoires de CASTELNAU ((. Il, p. 297). — FALLEMANT Des RÉAUX, Historielte de La Meilleraye. — LA FOoNTENELLE DE VAUDORÉ, Histoire de la maison de la Porte La Meilleraye.
(1) Archives des Affaires Étrangères, Mémoires el Documents, France, vol. 771. La lettre est datée du 15 février 1617.
(2) Correspondance (L. VII, p. 15). — Cfr. Benrivocrto (t. I, p. 195).