LE DÉPART POUR BLOIS
sur eux et les avait enveloppés, bousculés, roulés dars son tourbillon.
Maintenant, Concini était mort. Sa femme était à la Bastille, Barbin au Fort-l'Évèque, la reine régente en route pour Blois, et l'évêque de Luçon réfléchissait, au cours du voyage qui, si lentement et par de si durs chemins, l’'emmenait vers un exil dont 1l était difficile d'apercevoir la fin.
Oui, son oncle avait raison, les temps étaient mauvais pour les ambitieux pressés. Toute la jeune équipe qui s'était embarquée, confiante dans l'étoile du Concini, avait mal calculé. Cet Italien voulait savoir « jusqu'où la fortune pouvait mener un homme ». 11 Le savait maintenant. Et les autres aussi le savaient. L'horrible spectacle! Paris pendant ces huit jours! Et ce silence du Roi, cette dissimulation! Et cet abandon de tous: et la fureur du peuple! ces faces hideuses, ce corps déchiqueté! On ne pouvait y penser, et le carrosse qui emportait le paquet des femmes et des prètres en était tout tremblant.
L’évèque, cependant, se perdait dans ses réflexions. Et nous savons à quoi 1l pensait, car il se confia depuis au papier (1). Il pensait au sort du maréchal d’Ancre; il cherchait, dans cet exemple terrible, des leçons, et, de cet effet redoutable, les causes.
Concini n'était pas sans mérite. Il était brave, libéral, adroit aux exercices, beau joueur et beau diseur, plus intelligent mème que sa femme et que la plupart de ceux qui l’entouraient. Sa conduite et ses projets n'étaient pas sans grandeur : «Il avait, dit Richelieu lui-mème, pour principal but d'élever sa fortune aux plus hautes dignités où puisse venir un gentilhomme; pour se-
(1) On lira, avec le plus grand intérêt, deux morceaux préparés pour les Mémoires de Richelieu et qui sont conservés, en manuscrit, dans le vol. 771 des Archives des Affaires Etrangères, FRANCE : Mémoires el Documents. Le premier de ces morceaux est intitulé : « Jugement du maréchal d’Ancre, pour mettre après sa mort », avec la mention suivante : « Il en faudra mettre autant de sa femme après sa mort ». En travers, on lit : « Portrait et éloge du maréchal d'Ancre. » Le second manuscrit commence par les mots : « Leonora Gai prit le surnom de Galigaï.. » Ces morceaux portent des signes indiquant qu'ils ont servi à la rédaction des Mémoires, et, en effet, on les retrouve insérés dans le texte des Mémoires, édit. Mich. et Ponjoulat, (t. I, p. 167 et 169). Dans ce texte, il y à, partout, « je » ou « moi », là où dans le manuscrit il y a «l’évêque de Luçon ». La rédaction n'est peut-être pas de Richelieu lui-même; mais l'inspiration est certainement de lui,