EMBARRAS DE RICHELIEU
abri et d'autre refuge que la volonté du Roi; et l’évêque, enragé de son erreur, allait se répétant, dès lors, la phrase qu’on trouvera si souvent sous sa plume ou dans sa bouche : « c’est cracher contre le ciel que de prétendre s'opposer à ses volontés souveraines! »
Ce qui est vraiment remarquable, c’est que, du fond d'une telle chute, il ne désespéra pas, il ñe s’abandonna pas un seul instant. Voilà bien l’ambitieux. Sur l'heure même, sur la minute du coup, déjà, il prend position pour l'avenir, 1l dénombre ses chances de retour et, déjà aussi, il change ses batteries. De telles dispositions font des vies extraordinairement intéressantes et occupées. Tout le monde, autour de lui, perd courage et pleure : il calcule, combine et négocie.
Avant qu'il eût quitté Paris, son parti est pris. Il ne résistera pas; il ne s'entêtera pas. Le Roi l'emporte : Vive le Roi!
Mais comment dissiper les méfiances de cet enfant morose que de si dangereux rivaux entourent? C'était là le nœud délicat, celui que, malgré toute son application, l’ambitieux, compromis dans un autre parti, ne parvenait pas à débrouiller. Se soumettre entièrement à la fortune des nouveaux venus, tactique peu fière et peu sûre. Par quelle autre voie parvenir auprès du Roi, puisque ces gens-là tenaient toutes les avenues?
Mème avant la catastrophe, l’évêque avait essayé d’un rapprochement. Ses relations avec Luynes étaient suspectes au maréchal d'Ancre. Son beau-frère, Pontcourlay, servait d’intermédiaire (1). Luynes avait compris qu'il y avait là quelqu'un à ménager. Mais Luynes ménageait tout le monde. Il avait payé la démarche d’un sourire et s'était passé de l’'évèque pour l'exécution du dessein secret. Et, quand celui-ci était accouru, au bruit de la mort du maréchal, il avait trouvé le roi sur le billard, entouré de ses gentilshommes, peu disposé à prêter l'oreille aux explications et aux compliments.
Au Conseil, pis encore. IL avait bien fallu se rendre à l’évidence : on ne voulait pas de lui! Quelques démarches vaguement
(1) Voir le récit assez alambiqué des Mémoires de RicuëLteu (t. F, p. 156).