‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 189 sur 479 · NOUVEAU PLAN DE CONDUITE · texte numérisé non relu

NOUVEAU PLAN DE CONDUITE

faites, auprès du nonce, pour obtenir l'ambassade de Rome, n'avaient pas été plus heureuses. Bentivoglio observait avec raison que le ministère attribuerait sans doute cette place à quelqu'une de ses créatures (1).

Il ne restait que la reine mère. Celle-ci, abandonnée de tous, s’accrochaït au seul homme énergique qu’elle trouvât auprès d'elle? Toute déconfite et bafouée qu’elle fût, elle restait la mère du Roi. Louis XIIF, au fond, l’aimait toujours ou plutôt la craignait encore. N'y avait-il pas, au milieu de tout cela, et alors que la fortune du nouveau favori restait fragile et inquiète, n’y avait-il pas un rôle à prendre, celui d’intermédiaire? Quelques services habilement rendus pouvaient, tout en réservant l'avenir, modifier les dispositions du roi.

L’évêèque de Luçon semble s'être arrèté à un plan qui convenait à son caractère de conseiller et confident de la Reine, à la dignité de la robe ecclésiastique, à la tenue d'un gentilhomme. Mais que de souplesse, d'adresse et de dextérité ne fallait-il pas pour tenir ce rôle jusqu'au bout! À Paris, on était tout au soupcon; à Blois, tout à la fureur. La Reine Marie s’enfonçait de plus en plus dans ses obtuses et intraitables obstinations, interrompues seulement, de temps à autre, par quelque éclat furieux. Dans les deux cours, des intrigants, des envieux, des ennemis déclarés ou couverts, et, les pires de tous, des amis maladroits ne travaillaient qu’à entraver ou à gâter les plus savantes combinaisons.

L'évêque se sentait prêt pour cette escrime des cours. Mais 1l avait affaire à d’habiles adversaires. Il avait pu mesurer leur force dans les entretiens où s'étaient débattus les intérêts de la reine mère, avant le départ pour Blois. C'était là aussi qu'il avait dévoilé, peut-être un peu vite, son désir de se rapprocher de la cour. Jusqu'où avaient été les engagements de part et d'autre? On ne saurait le préciser. Mais Luynes et l’évêque de Luçon s’entendirent ou du moins feignirent de s'entendre ; ils se trompèrent l’un l'autre sans se tromper l’un sur l’autre. En un mot, il y eut,

(1) BeNTIVOGLIO (I, p. 204).

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