‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 201 sur 479 · RÉSOLUTION DE L'ÉVÉQUE · texte numérisé non relu

RÉSOLUTION DE L'ÉVÉQUE

employé en vos affaires, j'ai fait, Sire, en conscience, ce que j'ai estimé devoir faire pour le bien de votre service. Depuis ce qui s’est passé (l’allusion à la mort du maréchal d’Ancre est directe), obéissant à vos commandements, j'ai eu l'honneur de suivre la Reine votre mère; je me suis comporté, en sa maison, en sorte que Votre Majesté en doit avoir contentement, toutes mes intentions n'ayant pour but que le service de Votre Majesté. Le bruit seul que je n'étais pas agréable à Votre Majesté, sans que j'en eusse aucune connaissance de ma part, me fit la supplier (la Reine) de me permettre faire un voyage chez moi pour quelques jours. Ici, je n’ai d'autres soins que de prier Dieu pour la prospérité de

Vos Majestés et m'occuper, parmi mes livres, aux divertissements

et fonctions d’un homme de ma profession (1). »

Le voici donc dans des dispositions nouvelles et bien différentes de celles où l'avait laissé, dans les premiers temps qui avaient suivi la mort du maréchal d’Ancre, l'agitation encore vibrante du monde politique où 1il venait de passer ses dernières années. Tout d’abord, malgré la rudesse du coup, 1l n'avait pas saisi la portée de l'acte qui l’éloignait du pouvoir. Maintenant, il ouvre les yeux. Il comprend, selon le mot d’un de ses historiens, que « pour les hommes d’État, il est des circonstances où il faut savoir se faire oublier ». Il se résout à boire, selon le joli mot de Zan-

tucci, ce « calice de dilation ». Il ne songe plus, comme il le dit

lui-même, qu’à vivre « en un petit ermitage parmi ses livres et les actions de sa charge ». Son parti était pris, et il devait s’y tenir avec la fermeté de caractère qui l'avait arraché à la situation dangereuse où une erreur de jugement l'avait d’abord placé.

Que l’on songe aux difficultés inextricables où il était engagé; que l’on considère l'extraordinaire opportunité de la lettre du marquis de Richelieu qui lui fournit une occasion si propice de se tirer d'affaire, qu’on tienne compte de l'obstination avec laquelle il se dérobe aux appels désespérés de la Reine, qu’on pèse le mécontentement de celle-ci, quand elle devrait plutôt plaindre ou consoler, et on sera amené à se demander si, en vérité, la

(1) Correspondance (t. 1, p.541. Cfr. t. VII, p. 409).

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