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LE DUC D'ÉPERNON

puyait sur ses deux fils, tous deux dans la force de l’âge et dignes d'un tel père : le marquis de la Valette et de l’archevêque de Toulouse, plus tard cardinal de la Valette, excellent homme de guerre.

D'Épernon, de tout temps, l'avait pris de haut avec tout le monde. Rempli d’un orgueil intraitable, il veillait à ce que la distance entre lui et les autres fût pour le moins égale à celle qu'il consentait à reconnaitre entre le Roi et lui. En 161%, lors de la mort du roi Henri, il avait rendu un grand service à la reine Marie de Médicis : c'était lui qui avait fait proclamer la régence en prononçant, la main sur la garde de son épée, en pleine Cour de Parlement, un discours impératif qui avait eu pour effet instantané d'ajouter, sans discussion, une règle nouvelle à la constitution non écrite du royaume.

Si on avait, à son gré, mal récompensé de tels services, il goütait une sorte de satisfaction raffinée dans le silence et le mécontentement. Il ne faisait plus guère à la cour que de rares apparitions. Cependant, 1l s'était décidé à venir saluer le Roï, quelque temps après la mort du maréchal d’Ancre. Un passage de Fontenay-Mareuil rend sensible l'espèce d'empire que le duc d'Épernon exercait, alors, sur l'opinion et sur l’armée : « L’autorité qu'il avoit dans l'infanterie étoit si grande, et qui ne procédoit pas de la faveur comme autrefois, mais de son esprit, qu'ayant fait avertir du jour qu'il arriveroit, non seulement les mestres de camp et les officiers tant du régiment des gardes que de tous les autres qui étoient à Paris furent au-devant lui jusqu'à Etampes, mais une infinité d’autres venus expressément pour cela des garnisons de Picardie et de Champagne, aucun capitaine n’y ayant manqué sans grand sujet et sans lui en faire faire des excuses. »

De cet ancien favori devenu grand seigneur, Luynes, favori en passe de devenir grand seigneur, s'était fait rapidement un ennemi : il n'avait pas appuyé assez fortement la candidature au cardinalat de l’archevèque de Toulouse, fils du duc d’Épernon; dans une querelle de préséance que celui-ci s'était faite avec le président du Vair, garde des sceaux, — épée contre robe, —

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