‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 229 sur 479 · PLAN HARDI DE RUCCELLAI · texte numérisé non relu

PLAN HARDI DE RUCCELLAI

Ruccellai était l’homme fait pour deviner de pareilles dispositions, et pour réveiller et coaliser des sentiments qui dormaient incertains ou couvaient isolés dans les âmes (1). Ce n'était pas une petite affaire, en ce temps-là, de mettre sur pied une intrigue de ce genre, quand elle n'avait pas son centre à la cour! Car les grands du royaume, dispersés sur leurs terres, séparés par de longues distances et, plus encore, par leurs rivalités et leurs susceptibilités personnelles, ne pouvaient se joindre, s'entendre et se confier les uns aux autres que si une activité extraordinaire savait leur ménager la peine et épargner à leur orgueil la meilleure partie du chemin (2).

Pendant des mois et des mois, Ruccellai battit l’estrade pour arriver à ses fins. Il semble que ses premiers mouvements remontent à l'époque où un certain nombre de grands, Bellegarde, Rohan, d'Épernon, Montbazon, s'étaient faits, avec l’aveu plus ou moins sincère de Luynes, et avec le concours plus qu'imprudent de ce pauvre Barbin, les confidents d'une première tentative de rapprochement entre le Roi et la reine mère.

L’échec de cette tentative avait froissé plusieurs de ces personnages. Il en était, parmi eux, qui n'aimaient pas à passer pour dupes.

Au premier rang, Louis de Nogaret et de la Valette, duc d'Épernon. Cet ancien mignon de Henri II était devenu, avec le temps, un puissant seigneur. Il avait le gouvernement de Metz, place si bien munie et si importante aux portes du royaume; il avait le gouvernement de la Saintonge et de l’'Angoumois; il était colonelgénéral de l’Infanterie française. Agé de soixante-cinq ans, il s’ap-

(1) Voir un excellent portrait de Ruccellai dans Girarp, Vie du duc d'Epernon (t. IL, p. 73 el suiv.). — Sur les véritables intentions de Ruccellai et sur ses relations avec Luynes, cfr. un curieux passage des Mémoires de RicueLieu (t. I, p. 189).

(2) Toute cette intrigue est racontée plus ou moins exactement par tous les écrivains qui se réfèrent à cette époque. — Voir surtout Girarn, Vie du duc d’'Epernon. — Mémoires de FONTENAY-MAREUIL (p.). — Vie de Marie de Médicis (par madame d’Arconville); — les notes de M. AvENEL dans Correspondance (1. VIT, p. 426-28). — BENTIVOGLI0, Nunsiatura (t.1).— Le document le plus important est la « Relation de la sortie de la reine mère de Blois » par M. L. G. D. L. V. (le cardinal de la Valette), fils du duc d'Epernon, qui prit une part très active à tout l'événement. V. Affaires Étrangères, vol. 772 (f° 243).

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