‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 232 sur 479 · LE « VOYAGE D’AMADIS · texte numérisé non relu

LE « VOYAGE D’AMADIS

qui, d’un seul mot, pouvait le perdre. In'y avait plus qu'à marcher.

Il faut reconnaitre, d’ailleurs, que si cette vaste machination fut un chef-d'œuvre d’habileté de la part de Ruccellai, elle fut un modèle d’activité et de résolution de la part du duc d'Épernon. Une fois son parti pris, il ne recula devant rien, se jeta tête baissée dans l’aventure, et, malgré son âge, conduisit jusqu'au bout, en héros de roman, le voyage d'Amadis.

À la simple lecture du récit que fait de cette extraordinaire entreprise son secrétaire Girard, on admire la peine dépensée et le risque couru par ces hommes énergiques. Vingt fois le complot faillit ètre découvert; vingt fois on passa par des angoisses et des transes horribles : courriers dévalisés, paquets jetés à la rivière et repèêchés au fil de l’eau, trahisons déjouées, dévouements obscurs et ignorés; puis, les chevauchées à travers le royaume, les rencontres fortuites de troupes inconnues qui s'arrêtent de loin, le pistolet au poing, et interrogent; rendezvous manqués d’un quart d'heure, surprises d’auberge, interpellations des sentinelles du haut des remparts des villes qui restent closes, indiscrétions de femmes et de laquais, fuite errante à travers les bois, la nuit, sans guide, par des chemins que personne ne connait, dans des fondrières où les chevaux se perdent, Le long des rivières débordées, à la recherche, pour passer, du vieux pont en dos d'âne bâti par les Romains. À travers ces mille aventures, le complot se trame, se déroule et s'achève dans un décor dessiné par Callot : aux cuisses, le grand cheval barbe, noir, avec le nez fortement busqué; au front, le chapeau à haut panache; aux jambes, les houseaux de cuir qu’on ne quittera que le chemin fini; embarrassant la marche, le poids de toute une fortune, soit en pierreries dans des cassettes, soit en ducats roulés dans des boudins de cuir, dont est chargé le cortège des mules qui vont en avant, conduites par des laquais que l'on surveille de l’œil, ja main sur le pistolet.

Le plan arrêté était celui-ci : tandis qu'un émissaire, que l’on croyait sûr, se rendrait près de la reine mère pour l’avertir, d'Épernon quitterait Metz, dans le plus grand secret, traverserait toute la France et gagnerait son gouvernement d'Angoumois, où

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