D'ÉPERNON A ANGOULÈME
il devait attendre la Reine qui, de son côté, se serait enfuie de Blois. Ce vaste programme n'avait de chance de succès que sil s'exécutait avec une précision parfaite. Ruccellai galopait jour et nuit pour tout ajuster. Il cachait si bien son jeu, qu'à Paris, on le croyait en Allemagne. Plus de cent personnes pourtantétarient dans le secret. Le miracle fut que Luynes ne sut rien, ou plutôt que prévenu à diverses reprises, il ne voulut rien entendre. Il était si fin ou si infatué qu'il ne croyait même plus la vérité.
Le duc d'Épernon partit de Metz, le lundi 22 janvier, précédé de huit jours par l’archevèque de Toulouse et laissant la garde de la ville à son plus cher fils, le marquis de la Valette. Il marcha à grandes journées, autant que la pesanteur de ses mulets le pouvait permettre. Malgré la saison, le temps fut si beau qu'on allait sans manteau. Il passa sous Dijon, qui refusa d'ouvrir ses portes, et il ne se sentit sauf que quand il eut franchi l'Allier au pont de Vichy. C'est de là qu'il écrivit au Roi pour lui annoncer la nouvelle de son acheminement en Saintonge et en Angoumois, « où il n'avait dessein, disait-il, que de vivre sous son obéissance (1) ».
Ceite nouvelle fut un coup de foudre pour Luynes, qui n'avait recu qu'un avis assez obscur de Dijon. Évidemment, il se tramait quelque chose de grave; mais il n'eut pas encore la pensée qu'il s'agissait de la reine mère.
Celle-c1 attendait, avec une anxiété facile à concevoir, des nouvelles de l'exécution d’un projet sur lequel elle n'avait que de très vagues indications. L'agent de Ruccellai, qui devait l’avertir du départ du duc d'Épernon, au lieu de se rendre à Blois, avait gagné Paris, dans le dessein de trahir. Mais, par un heureux hasard, un membre du Parlement, ami de la reine mère, avait eu vent de son secret et de ses intentions, et, sans savoir au juste de quoi il s'agissait, avait eu la présence d'esprit de détourner le coup. Cependant Marie de Médicis ne recevait aucun avertissement. Elle se désespérait.
(1) La lettre de d’'Épernon au roi, au sujet de son départ de Metz, est insérée dans le Mercure françois, t. V, 1619. Elle est de Balzac et est recueillie dans les ouvrages de celui-ci, — V. aussi Histoire de Marie de Médicis (HI, p. 493).