‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 236 sur 479 · LA REINE ET D'ÉPERNON · texte numérisé non relu

LA REINE ET D'ÉPERNON

Plessis sous l’autre, et elle marcha à pied, vers la rivière, traversant la ville endormie. Le groupe fut rencontré par des soldats qui, voyant cette femme entre deux hommes, crurent que c'était quelque ribaude. Elle dit elle-même, en riant : « Ils me prennent pour une bonne dame. » |

On arrive au pont. Le carrosse était caché dans une ruelle. On ne le voit pas; ce fut encore un moment d'angoisse. Un page vint avertir. La Reine monte dans le carrosse avec le comte de Brenne, Du Plessis et sa femme de chambre, Catherine. On emportait des cassettes pleines d’or et de pierreries. Marie de Médicis ne pouvait rester en voiture sans lumière : aussitôt hors du faubourg, on alluma des flambeaux. On galope vers Montrichard. L'archevèque de Toulouse v était. Ruccellai aussi, plein d’anxiété. Ne pouvant y tenir, ilétait parti, avec quelques cavaliers, en avant, sur la route de Blois. Ilsalue, le premier, la Reine. On peut deviner la joie.

Puis ce fut, à Montrichard même, l’archevèque de Toulouse; puis, les chevaux changés, on repartit par le chemin de Loches, où on rencontra, à une lieue de la ville, le duc d'Épernon, accompagné de cent cinquante cavaliers. S’approchant de la Reiïne, il lui offrit son service. Elle ne tarit pas en remerciements, en promesses eten effusions. Le ducrecut dela Reine le commandement de prendre place en son carrosse, et ils entrèrent ainsi à Loches, surpris et satisfaits, l’un et l’autre, de la réussite d’une si vaste et si extraordinaire machination ; mais déjà, aussi, soucieux du résultat final et des difficultés nouvelles dans lesquelles les jetait un coup si audacieux.

Au château de Blois, personne ne connaissait le départ de la Reine. Le lendemain, au grand jour, les domestiques, n'étant point appelés dans la chambre de leur maitresse, ne savaient que penser d’un si profond sommeil. Enfin on se décida à entrer. Onne trouva plus personne, ni la Reine, ni sa femme de chambre, ni les domestiques. En ville, on commençait à parler de ce qui s'était passé la nuit. Aussitôt, le comte de Cheverny, gouverneur du Blaisois, et les échevins de Blois dépêchèrent à la cour. La nouvelle de la fuite de la reine mère se confirmait de toutes parts.

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