ARRESTATION DE RICHELIEU
jouait sa partie contre Richelieu et avait, par conséquent, tout intérêt à se cacher de lui.
En tout cas, la lettre du Roï parvint à l’évêque de Luçon le 7 mars 1619; le lendemain il était en voiture : « Aussitôt que J'eus recu la dépêche de Sa Majesté, dit-il, bien que le temps fût extraordinairement mauvais, que les neiges fussent grandes et le froid extrême, je partis en poste d'Avignon pour obéir à ce qui m'était prescrit et à ce à quoi j étais porté par mon inclination et mon devoir. » |
Divers incidents pénibles devaient retarder encore ce voyage que l'évêque entreprenait si allégrement. En approchant de Vienne, comme le carrosse traversait un petit bois, il fut arrêté soudain. Trente soldats, armés d’arquebuses, mirent la main surle voyageur, en prétendant exécuter les ordres du gouverneur de Lyon, M. d’Alincourt. Celui-ci, fils de M. de Villeroy, croyait agir conformément aux désirs de la cour. Les ministres, en effet, n'avaient pas été tenus au courant de la décision prise au sujet du rappel de M. de Lucon. M. d’Alincourt avait même recu de Paris une lettre de son fils, lui répétant un mot échappé à Luynes, alors que la nouvelle de la fuite de Marie de Médicis venait seulement d'arriver à Paris : « Si votre père, aurait-il dit, pouvait arrêter l’évêque de Luçon, 1l nous ferait grand plaisir. » Ce d'Alincourt qui, d’ailleurs était une bête, avait cru faire un coup d'éclat en mettant la main sur l’évêque.
Il fut bien surpris quand Du Tremblay, qui l'avait joint, eut exhibé les ordres du Roi. Il dut se rendre à l’évidenee, et s’incliner devant l’homme qu'il se disposait à traiter si mal. Richelieu dit joliment, après avoir conté l'aventure : « Le sieur d'Alincourt fit force excuses que je reçus en paiement, et, aussitôt que j’eus diné avec lui, je partis pour continuer mon voyage en poste comme je l'avais commencé (1). »
Pénible voyage de quinze jours, à travers cette dure Auvergne,
(1; Sur l'incident, voir surtout les Mémoires de Ricuezteu. — La lettre de Richelieu au roi pour l'averlir est dans Correspondance (t. VII, p. 427), et la lettre de d'Alincourt au roi pour se féliciter d’avoir arrêté l’évêque, #bid. (L. VILI, p. 18). — Cfr. le curieux récit de DéAcenT. Les mémoires de celui-ci ont évidemment été écrits pour Richelieu.