‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 242 sur 479 · PRUDENCE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

PRUDENCE DE RICHELIEU

était son jeu à lui, songeait déjà à ne rien faire qui pût contrarier sa destinée de futur chef du gouvernement.

Ainsi, il embrassait d’un coup d'œil les difficultés venant soit de la cour de Paris, soit de la cour d'Angoulème. A Paris, c'étaient ses adversaires, c'était Luynes, qui le ramenaient et qui comptaient sur lui; à Angoulême, c'étaient ses amis et presque ses complices qui étaient ses plus dangereux adversaires.

Tout va dépendre de sa première démarche. Du pied dont il va partir, il s’engage dans le chemin qui, d'étape en étape, le conduit au cardinalat, au pouvoir, à la domination définitive sur l'esprit du Roi et finalement à l'apogée de sa carrière politique. La scène est préparée, les perspectives se dessinent, et déjà on reconnait autour des principaux acteurs tout le personnel des crises lointaines, et même celui qui accompagnera la reine mère jusqu’à la journée des Dupes.

Les réflexions de l'exil n'avaient pas été perdues pour Richelieu. Il avait pesé tout ce monde au milieu duquel il allait vivre et qui devait servir d’instrument à son ambition : ce que valait Marie de Médicis, et dans quelle mesure 1l pouvait compter sur elle, son jugement froid l'avait discerné; ce que valaient les hommes qui entouraient la Reine, quelles étaient leurs idées, leurs ambitions, où ils prétendaient mener leur maitresse et le pays, 1l le savait; ce qu'il fallait dire et ce qu’il fallait taire, à quoi il fallait se prêter et où 1l convenait de se retenir, il le savait ; et ce n’est pas le moindre mérite de cette étonnante capacité politique que d’avoir pu conduire sa barque dans le présent sans engager l'avenir. Douze ans de luttes cachées étaient en germe dans les décisions de cette heure unique. Il se plongeait dans le parti pris d’une si longue contrainte : on dirait que les tempéraments de cette trempe se plaisent à ce qui ferait l'’amertume et le désespoir d’une vie ordinaire.

Le résultat de ces pensées rapides, Richelieu le fixa, en cours de route, sous la forme d'instructions rédigées en hâte et destinées à un émissaire qu'il envoya vers la Reine pour préparer son arrivée(1). Tout d'abord, il pose nettement à Marie de Médicis la ques-

(1) Voir ce document capital dans Correspondance (t. I, p. 580).

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