‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 244 sur 479 · PREMIÈRE ENTREVUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ENTREVUE

Les insinuations se glissèrent. On dit à la Reine qu’elle devait se méfier de ce singulier revenant, envoyé par Luynes; qu'elle serait sage en le tenant en dehors de ses conseils.

La séance finie, la Reine recut l’évèque. Seuls, ce fut l'heure des épanchements. La Reine ne songeait qu’à la situation de son ami. « Elle prenait telle part à mes intérêts, dit-il lui-même, qu'elle trouvait bon de me donner conseil. » Elle raconta, en hâte, tout ce qu’elle savait, tout ce qui se passait. Très froid, maitre de lui, il dit « qu'il n’avoit nul goût de se mêler des affaires qui étoient lors sur le tapis, parce qu’il étoit raisonnable que ceux qui les avoient commencées les missent à leur perfection ».

Marie de Médicis entra dans ces vues, s'amusant beaucoup d'avance de la surprise des autres. Le lendemain, elle leur transmit l’avis émis par l’évêque. « Jamais gens ne furent si étonnés. » Ils n’eurent pas de peine à deviner la manœuvre : l'homme prétendait rester en dehors du conseil pour critiquer, à son aise, tout ce quise ferait, sans prendre aucune responsabilité. Alors, par une volte-face subite, ils prêtèrent les mains à leur propre défaite, et supplièrent la Reine d'obtenir de l’évèque qu'il voulût bien assister à leurs délibérations. Il poussa sa pointe avec une implacable ironie : « Le lendemain, l'heure du conseil étant venue, j y entrai comme les autres et, pour montrer ma modestie, je faisais état de parler fort peu. » On le supplia de donner son avis. Il se fit prier, puis leur dit bonnement que, quant à lui, il aurait conseillé juste le contraire de ce qu'ils avaient fait jusqu'ici et de ce qu'ils prétendaient faire ; que, selon lui, il fallait s'arranger avec la Cour et non la piquer, parce qu'on n'avait pas les forces pour lui résister. |

Par cette seule et tranquille parole, il obtenait un double résul-

tat : d’abord, il renversait tout ce que ces gens avaient écha-

faudé depuis des semaines et, ainsi, il les renversaiteux-mêmes. En outre, il rendait, de bonne foi, le service que la Cour attendait de lui.

Ruccellai, qui, depuis l'affaire de Blois, avait tout fait pour conquérir la Reine, sent qu'elle lui échappe. Il veut brusquer

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