RICHELIEU ET SES RIVAUX
la partie. En beau joueur, 1l met, à Marie de Médicis, le marché à la main : « Deux jours après, le duc d’Épernon vint trouver la Reine pour lui dire que Rousselay, ayant su que Sa Majesté m'avoit donné ses sceaux (ce qui n'étoit pas vrai, bien qu'elle me les eût destinés dès Blois), étoit résolu de la quitter, si elle continuoit en cette volonté. » La Reine ne répondit rien. Ruccellai était battu.
Il est vrai que d’Épernon lui-même était encore hésitant. Un
moment, 1l avait eu l'idée d’opposer à l’évêque de Lucon un homme à lui, et il croyait l'avoir sous la main, dans la personne de l'habitant d'Angoulême chez qui, justement, Marie de Médicis était descendue, Guez de Balzac. Oui, Balzac l'écrivain, Balzac l’épistolier, par qui d’Épernon faisait tourner son gascon en francais, eut cette singulière fortune de se croire, un instant, le rival possible de Richelieu. Les hommes de lettres ont de ces belles confiances. La présence de l’évêque de Luçon remit bientôt les choses en place, et Balzac fut renvoyé de la politique à la littérature, pour le plus grand profit de la littérature et de la politique (1).
D'Épernon, fatigué de l’insolence de Ruccellai, qui, après avoir pris bruyamment son congé, n’en finissait pas de partir, se décida enfin à admettre que l’évêque de Luçon était une autre espèce d'homme et 1l se rallia au dessein, désormais commun à tous, de pousser l'Italien par les épaules.
Les choses, d’ailleurs, se gâtaient. La cour, tout en négociant, se préparait à agir, et mème ses troupes se mettaient en mouvement. On avait confié le commandement de la petite armée qui opérait dans la région d'Angoulême à un homme de sens et de résolution, Schomberg. Sans s'arrêter aux négociations en cours, il marchait droit sur les rebelles et s’emparait, par surprise,
(1) Le rôle de Balzac dans ces intrigues n’a pas été mis en lumière. — Il mériterait une étude attentive, à l’aide des documents empruntés aux Affaires Étrangères. — V. Correspondance (t. VIII, p. 19). — Voir aussi l'étude de M. Eusèbe CAsTaIGNE sur la maison de Balzac, à Angoulême, et la plaquette de M. P. de Fzeury, Le second séjour de Marie de Médicis à Angouléme, 1894, in-49.— Balzac raconte dans son Entretien VIII : Deux histoires en une, qu’il avait fait, avec le duc d'Épernon, « le voyage d’Amadis, c’està-dire le voyage de Blois », — Voir Etude sur la vie de Guez de Balzac, en tête des Œuvres de Balzac publiées par Moreau, Lecoffre,1854, in-12.