FAVEUR CROISSANTE DE LUVYNES
mais on écarte avec soin tout ce qu'elle avait appuyé et recommandé (1{).
La coupe déborde ; depuis des semaines déjà, on est, à Angers, en de longues conférences sur les résolutions à prendre. Le mécontentement de la reine mère donne prise à la cabale intransigeante. Elle s'était reformée autour du gouverneur de Chinon, Chanteloube : « C'était chez lui le bureau des nouvelles, dont les moindres figuraient, à la reine, le Roi irréconciliable, mettaient sa liberté en compromis et ne lui faisaient voir que mépris pour elle dans la Cour, et salut dans les armes (2). » Comme on le voit, ce parti poussait à la guerre.
La tentation était forte. Tout le royaume semblait prendre parti contre Luynes. Celui-c1 abusait étrangement de sa situation. Lui et les siens mettaient la France au pillage. Les temps du maréchal d’Ancre étaient revenus. Que Luynes fût duc et pair, son frère Cadenet maréchal de France, tous ses parents et amis inscrits dans la promotion du Saint-Esprit, passe. Mais, par un plan audacieux et d’ailleurs servilement copié sur celui de son prédécesseur, il travaillait à s'assurer dans le royaume, pour le cas de disgrâce, les moyens de lutter contre l'autorité royale. Par le traité d'Angoulème, 1l avait repris à la reine mère, en échange de l’Anjou, le gouvernement de la Normandie. Il le troque contre la Picardie qui était héréditairement aux Longueville, et obtient par différents moyens les places de Ham et d'Amiens sur la frontière. En outre, il achète Boulogne à M. d'Épernon et Calais à M. d'Arquien. « Je crois, dit Fontenay-Mareuil, que, s’il eût vécu davantage et qu'il fût toujours demeuré en faveur, il eût voulu avoir toutes les places de la France (3). »
Richelieu assiste, avec une colère où il y a autre chose que de la rivalité personnelle, aux manifestations incessantes de cette
(1) Sur la promotion dans l'ordre du Saint-Esprit, voir dans le Recueil de Luynes les nombreuses pièces publiées à ce sujet : Les noms des chevaliers; le Noël des Chevaliers; le Pasquil des Chevaliers, etc.
(2) Mémoires de RicueLieu (I, p. 206).
(3) FONTENAY-MAREUIL (p. 140).