RAPACITÉ DE LUYNES
extraordinaire gloutonnerie : « Vous diriez, écrit-il, que la France n’est que pour eux seuls ; que pour eux, elle est abondante en toutes sortes de richesses. Les gouvernements et les places qu'ils ont déjà acquises leur semblent peu proportionnées à ce qui leur est dû ; iln’yen a aucun qu'’ilsne marchandent, qu'aux dépens du Roi, ils ne mettent au double prix de sa valeur. Si elles ne sont pas à prix d'argent, ils Les ravissent par violence, jusque-là qu'ils en prennent par ces voiles jusqu'à dix-huit des plus importantes. On détourne à ces traités particuliers les deniers qui se lèvent sur les peuples pour le bien public. En un mot, si la France était tout entière à vendre ils achèteraient la France de la France même. »
Cette rapacité n'allait pas sans faire au favori de nombreux ennemis. La direction générale qu’il imprimait aux affaires du royaume lui en faisait d'autres. Soit qu'il fût porté par ses origines avignonnaises, soit qu'il subit l'influence du nonce du pape, Bentivoglio, soit qu'il considérât les Huguenots comme des adversaires et qu'il cherchât un appui contre eux, 1l s'était fortement lié au parti catholique et il lui avait donné un gage décisif, en octroyant, en février 1618, à la compagnie de Jésus, l’autorisation, jusque-là sollicitée vainement, de rouvrir à Paris le collège de Clermont, et en la soutenant vivement contre les attaques de ses détracteurs. Du même coup, il s'était attiré la méfiance du Parlement, l'hostilité de l’Université et la haime du parti protestant (1).
Il avait suivi la même politique dans les grandes affaires qui divisaient alors l’Europe. Ce n’est pas le moment de les exposer en détail. 11 suffit de rappeler qu'au moment où l'Autriche, la Hongrie, la Bohême et les pays allemands traversaient une crise décisive, et où le sort de l'Europe paraissait dépendre de l'arbitrage du roi de France, une ambassade spéciale, envoyée par
Luynes en Allemagne, avait recu le mandat de prendre position en faveur de la maison d'Autriche contre les protestants, adop-
(1) Sur les relations de Luynes avec la Compagnie de Jésus, voir le livre du P. PrAT sur le Père Coton déjà cité, et l'Histoire de la Compagnie de Jésus de CRÉTINEAU-JOLY (t. III, p. 323 et suiv.).
TE 7 Ê en at +4 à, : LÉ 20 “ox 2 =” | ; | à . e