‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 272 sur 479 · LA REINE PRÉPARE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA REINE PRÉPARE LA GUERRE

point de conseil si judicieux qui ne puisse avoir une mauvaise issue, on est souvent obligé de suivre les opinions qu'on approuve le moins (1). »

Cette résignation n’est guère dans le caractère de l’homme. Du moins, convient-il de remarquer qu'il s’inclina bien promptement.

Au fond, quoiqu'il dise exactement le contraire dans ses Memotres, il était opposé à l’idée de voir la reine rentrer à la Cour. Tant que Luynes serait là, il n'avait rien à y gagner. Voulait-il aller jusqu'à la rupture et jusqu’à un conflit armé? C’est peu probable. IL était trop clairvoyant pour ne pas deviner l'issue. Mais, par un plan très souple, très fin et toujours modifiable selon les circonstances, 1l prétendait se tenir en équilibre entre les deux politiques, suivre l’arête du toit, armer pour négocier, négocier pour éviter le recours aux armes et, par une habile mise en œuvre de tous les intérêts engagés, conduire les choses au point où il déciderait en dernier ressort, précipiterait les événements, ou interviendrait en sauveur et en pacificateur.

L'acuité de son esprit pénétrant, sa psychologie profonde et attentive, son instinct et je dirai presque son extrême sensibilité pour les choses de la politique le guidaient dans ce dangereux défilé. Il s y engageait, un peu contraint, mais peut-être satisfait, ménageant d'avance ses portes de sorlie et ses alibis; heureux — qui sait? — de côtoyer le péril, de risquer, en joueur sûr de son jeu et confiant aussi dans son étoile, ou, mieux encore, dans son coup d'œil, dans son esprit de résolution, pour se tirer d'affaire au dernier moment et pour arracher un succès inespéré à la fortune tentée et provoquée jusque dans ses plus chancelantes et obscures hésitations.

L'un et l’autre partil’accusèrent soit de défaillance, soit de trahison. Les hommes qui se taisent sont suspects. Les bavards et Les agités n'aiment pas ces gens froids, qui savent où ils vont et ne disent rien. En réalité, Richelieu ne confia son secret à personne. Il suivait son idée, bouche close, escomptant la légèreté, l’imprudence et les passions, non seulement de ses adversaires, mais de ceux qui croyaient pouvoir se servir de lui.

(1) Cfr. Mémoires (t. I, p. 205) et Correspondance (t. I, p. 637).

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