RÉVOLTE DES GRANDS
Soissons, veuve du grand ami de Henri IV et mère du jeune comte de Soissons, dont la carrière, déjà turbulente, devait plus tard s'achever si tragiquement à la Marfée. Ces Soissons étaient Bourbon, Bourbon-Vendôme. Immédiatement après les Condé, ils étaient les princes du sang les plus proches. La légitimité du prince de Condé, fils posthume du petit Condé des guerres de religion, n’avait jamais été sans contestation. Les Soissons étaient les premiers intéressés à la mettre en doute. Anne de Montafié était fière, ambitieuse. Elle se mirait dans le caractère de son fils, âgé de vingt ans à peine, et qui s'était déjà montré d'humeur à tenir tête à qui que ce füt dans le royaume, et notamment à son rival, le prince de Condé.
Tant que celui-e1 était resté sous les verrous de la prison de Vincennes, Anne de Montafié s'était tenue coite. Mais dès que le premier prince du sang eut repris sa place à la cour, la cour lui devint insupportable et, sans même prendre l’avis de la reine mère, elle se mit à cabaler pour elle. Ce fut la comtesse de Soissons qui décida le duc du Maine à la fuite. Elle agit de même auprès de son beau-fils, Longueville, un balourd, très mécontent du marché qui lui avait attribué le gouvernement de la Normandie en échange de celui de la Picardie; auprès des Vendôme, bâtards très arrogants, blessés par quelque manque d’égards de Luynes, et toujours prêts, d’ailleurs, à mettre au plus haut prix, dans les temps de crise, les velléités d'indépendance de leur fougueuse Bretagne.
Donc, le duc du Maine en Guyenne, le duc de Longueville en Normandie, le comte de Soissons dans le Perche, d'Épernon en Angoumois, les Vendômeen Bretagne, tout cela formait les cadres d'un parti redoutable qui se constituait, pour ainsi dire, en dehors de la reine mère et qui s'offrait à elle (1).
Jai déjà indiqué l’évolution des chefs du parti protestant, Malgré l'attitude réservée des principaux d’entre eux, Bouillon, Lesdiguières, Duplessis-Mornay, le mouvement s’accentuait. Un des chefs du jeune parti, d'âme inquiète et dont l'esprit remuait de
(1) Sur la cabale de Soissons, voir notamment la correspondance de BENTIVOGLIO, qui est exactement renseigné, puisqu'il s’agit des « catholiques ». RICHELIEU. — T. II. 21