QUEL PARTI PRENDRE
et délicate invitait à la joie de vivre et à l'espérance. Tout s'éveillait, et l’année s’annoncait sous d'heureux auspices. La cour d'Angers s’animait et voyait arriver chaque jour de nouvelles recrues. |
Enfin, on se décide, et après l’escapade du duc du Maine (1), après qu'on eut considéré l'étendue du mouvement qui saffirmait par tout le royaume et l'importance des forces dont on croyait pouvoir disposer, après que la reine mère s’en fut fait répéter, une fois encore, par Marillac, l'orgueilleux dénombrement, on prend le parti de la rupture et de l’action militaire. Richelieu dit, en propres termes, que cet avis ne fut pas le sien, et que, dans le conseil où fut arrêtée cette résolution, il engagea la Reine à ne pas pousser les choses à l’extrème. Le mémoire où il aurait exposé ses vues et dont il nous donne l'analyse, contient en effet les meilleurs conseils : « Que Luynes, en sa conduite, a l'avantage d’être à l'ombre de l'autorité royale; que la raison est inutile contre la puissance; que les peuples, qui souffrent le plus des maux de la guerre, se déclareront contre ceux qui la déchaïneront sur le pays; que c’est souvent une grande prudence de n'user pas de l'excès de sa puissance; que, pour éviter un tyran, en la personne de Luynes, elle en rencontreroit plusieurs parmi ceux qui la serviroient; qu’en toute affaire, avant d'y entrer, il falloit considérer comment on en pourroit sortir ».
Tout cela était la sagesse même. Mais Richelieu ne devait pas ignorer que ces conseils ne seraient pas suivis; en effet, parmi les confidents de la reine mère, trois seulement, Marillac, le Père Suffren et lui, se prononcèrent contre la prise d'armes; et il se rallia lui-même bien promptement à un autre système, qui parait beaucoup plus conforme à ses propres intentions et qu’il expose en ces termes : « Faire armer ses amis et Elle, de tous côtés, pour faire
(1) L'attitude du duc du Maine est un peu obscure. 11 semble qu'il jouait double jeu. Le 8 avril 1620, il écrit au Roi une lettre où il demande pardon et proteste de sa fidélité (Affaires Étrangères, vol. 773, f° 34). Et trois jours après, le 11 avril, il prend, conjointement avec le duc de Retz, l'engagement, à l’égard de Marie de Médicis, de ne pas se séparer d’elle et de faire tout ce qu’elle jugera nécessaire pour maintenir l'autorité royale et la tranquillité publique (vol, 773, f° 38). Qui trompait-il?