VÉRITABLES SENTIMENTS DE RICHELIEU
montre de ses forces, donner au Roi les conseils qu'Elle juge nécessaires; étonner ses ennemis par la crainte de ses armes, ef, à l'extrémité, souffrir plutôt le mal que d’en venir aux mains. » Voilà donc le dernier mot de cette politique à la fois si fine et si téméraire. L'évèque était-il sûr de dominer jusqu'au bout les passions et les événements (1)?
En tout cas, il ne vouiut rien laisser au hasard et, puisqu'on armait, 1l ne se refusa pas à devenir l'organisateur de la puissance militaire qu'il s'agissait de constituer. Il manifesta cette résolution par deux actes qui l'engagent. Tandis que la plupart des grands, notamment le duc de Rohan, conseillaient à la Reine de quitter les bords de la Loire et de prendre son point d'appui dans les provinces du Midi, où elle serait à la fois plus éloignée et mieux soutenue, Richelieu, qui craignait par-dessus tout de la mettre sous la dépendance de ses rivaux, la décide à rester en pointe et en péril, à Angers, là où lui et les siens étaient les maitres. En outre, il fait confier les fonctions de maréchal-général, c'est-à-dire de chef d'état-major, à M. de Marillac, homme de guerre de peu d'expérience et de peu d'autorité, mais son intime confident. Ainsi il tenait tous les fils, et dirigeait tout, C’est ce qui résulte d’ailleurs de cette phrase de la relation à lui adressée, beaucoup plus tard, par ce même Marillac : « Tout ce qui peut se faire de préparatifs se fit sous le soin de M. de Lusson.. Il avoit, pour la conduite générale des affaires et pour le maniement des bons et mauvais esprits, tout le faix sur les épaules (2). »)
Sous l'impulsion de Richelieu et de son lieutenant, l’action militaire se dessine, ayant son centre à Angers, et menaçant de loin la capitale comme d’un immense croissant insurrection-
(1) Voir Mémoires de RiCHELIEU (t. I, p. 217).
(2) Levassor et de nombreux écrivains ont accusé Richelieu d’avoir trahi la reine mère en préparant insuffisamment ses forces au moment où elle se décidait à une rupture. Voir Levassor, Histoire de Louis XIII (t. IT, p. 204-214). — Voir aussi toute la discussion dans PAvIE, La Guerre entre Louis XIII, etc. Mais la documentation considérable que j'ai sous les yeux me paraît aboutir plutôt à l'opinion que j'ai indiquée ci-dessus. — Voir la réponse d'Aupery au reproche qu’on fit à Richelieu d’avoir trahi la reine mère, dans Histoire (t. I, p. 35). |
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