‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 288 sur 479 · DÉPART DE SOISSONS · texte numérisé non relu

DÉPART DE SOISSONS

tôt par des avis secrets de la Cour, elle s'enhardit jusqu’à demander des explications. Montbazon, au nom de Luynes, affirme que « le but du voyage du Roi est de témoigner à la Reine son amour filial... Votre absence Iui semble avoir déjà duré dix siècles. Il ne peut plus davantage patienter sans vous voir ». La réponse du bon duc fut accueillie par un éclat de rire. D'ailleurs, le Roi, à peine arrivé à Orléans, s’en retourne et rentre à Paris. Condé, furieux, s’en va bouder en son château de Bourges. Luynes, libéré, s'enfonce de nouveau dans ses hésitations ; il consulte tout le monde, et, les ongles aux dents, écoute sans répondre.

Le 29 juin, Bassompierre lui apprend une grave nouvelle : il a appris, de source sûre, que la comtesse de Soissons, accompagnée de son fils, du grand prieur de Vendôme et du comte de Saint-Aignan, devait, le soir même, quitter Paris pour rejoindre la reine mère. Pas de doute : ce départ, après l’échec des missions de Blainville, était le signal de la rupture définitive. Que fallait-il faire? Arrêter les dissidents, dont l'exode, imité de celui de Mayenne, allait donner l'éveil à tous les partisans de la reine mère et jeter, dans le royaume, le contagion de la révolte? C’eüt été Le parti le plus énergique, le plus sage peutêtre. Luynes, qui a une journée pour se résoudre, hésite encore. Il va de l’un à l’autre, conte son histoire et son embarres. Il interroge les vieux ministres, depuis longtemps si délaissés, et se rallie avec empressement au conseil du président Jeannin, qui en à vu bien d’autres, et qui, conformément aux tendances de son âge, déclare qu'il vaut mieux laisser faire, fermer les yeux et s’en remettre au temps. Les Soissons partent sans être inquiétés (1°° juillet).

Le coup est monté; car, trois jours après, on apprend à Paris que le duc de Longueville, gendre de la comtesse, agite son gouvernement et que la faction se soulève en Normandie. Le président de Bourgtheroulde est chef du parti à Rouen, et le grand prieur expédie à Caen son lieutenant Prudent, pour préparer la défense de la citadelle.

Va-t-on temporiser, encore une fois, et va-t-on attendre que RICHELIEU, — T. Il. 29

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