‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 287 sur 479 · LUYNES TERGIVERSE · texte numérisé non relu

LUYNES TERGIVERSE

Il avait, de tout temps, préconisé le recours aux armes; il le prenait d’un ton d'autorité qui n'était pas sans embarrasser le favori lui-même.

Chose curieuse, en effet, dans ce combat qui se livrait autour de la personnalité de Luynes, celui-ci représentait la prudence, la patience et la modération. « Luynes incline à la paix, dit Bentivoglio; mais Condé veut la guerre et d’une ardeur telle que le premier finit par en avoir de l'ombrage. »

Cette conduite était conforme au caractère de Luynes, et puis, il sentait qu'il y allait de sa peau. On est volontiers téméraire pour le compte des autres : c’est ce que le favori disait, fort justement, à un autre de ces donneurs d'avis énergiques, Bassompierre : « Vous parleriez peut-être autrement, si vous teniez la queue de la poêle. » Aïnsi, dans les conseils, il était le temporisateur et le modérateur. Il jouait la partie, à peu près avec les mêmes procédés et avec la même retenue que son adversaire, l'évêque de Lucon.

Ils étaient si près l’un de l’autre, qu'à certains moments on eût pu croire qu'ils allaient s’unir. Mais la division de fond était entre leurs personnes. C’est pourquoi ils ne pouvaient s’entendre, tout en se cherchant toujours. De là, ces missions incessamment renouvelées durant tout le printemps et qui faisaient hausser les épaules au prince de Condé : la mission de Montbazon, les trois de Blainville, celle du cardinal de Sourdis et le vaet-vient des prètres et des moines, portant de l’un à l’autre des paroles de conciliation et des propositions d'entente qu’on écoutait toujours avec complaisance, sans se décider à y adhérer une bonne fois (1).

De là, ces hésitations si frappantes dans la conduite de Luynes et dans celle de la cour. Vers le milieu d'avril, le Roi quitte Fontainebleau pour s'avancer sur la Loire jusqu'à Orléans. On peut croire qu'il s’agit d’une mesure d’intimidation à l'égard de la reine mère : celle-ci s’alarme, tout d’abord. Mais rassurée bien-

(1) Sur les missions de Blainville, voir Correspondance (t. NII, p. 932). — Les

instructions données à Montbazon (juillet 1620) sont aux Affaires Étrangères (vol. 773, 1,472}:

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