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LE PLAN DE MARILLAC

à l’autre et ne trompèrent personne, parce qu’on n’avoit rien attendu d'eux (1). »

On se plaignait de ceux qui étaient là présents; mais on se plaignait plus encore des absents. D'Épernon, qui n’aimait pas les cohues, ralentissait sa marche: le duc de Rohan de même; le duc du Maine également; Montmorency et les Châtillons ne se prononcalent pas et se confinaient dans leurs Pyrénées. Le mouvement sur lequel on comptait ne se dessinait que mollement. Chacun, avant de se risquer attendait que les événements prissent tournure. |

Sous la direction de l’évêque de Lucon, Marillac avait tracé un plan magnifique. 11 l’appelait emphatiquement l’état général. A le lire, le succès de la Reine était assuré. Le duc du Maine devait fournir 6000 hommes de pied et 500 chevaux, M. de Montmorency 4000 hommes et 300 chevaux; M. de Chatillon 2000 hommes et 100 chevaux; M. de Bouillon 3000 hommes et 300 chevaux; M. de Longueville 4000 hommes et 400 chevaux, et ainsi de suite. La reine était inscrite pour 8000 hommes et 800 chevaux. C'était, au total, une armée de 50000 hommes et de 5000 chevaux, qui n'avait qu'à marcher sur Paris, et s'emparer de la capitale sans rencontrer aucune résistance (2). |

Au début de juillet, quand on avait appris les nouvelles de Paris, c’est-à-dire la fuite de la comtesse de Soissons et la décision du conseil royal, c'avait été un premier émoi. On s’aperçut qu'on avait perdu du temps. On s’agita beaucoup. On envoya des ordres et des émissaires de toutes parts. On délivra des commissions. On tint conseil sur conseil. Le moment parut bien choisi pour rédiger un manifeste qui proposait une refonte générale de tout le royaume (3).

(1) Mémoires de RicHeLiEu (t: F, p. 218).

(2) Le plan et les projets de Marillac sont aux Affaires Étrangères, vol. 773. M. Pavie les a publiés en partie. — La reine était pleine de confiance. Elle écrivait à Florence en juillet 1620 : « Le Roi est deslitué de gens et d'argent. Il cherche quelque accommodement. Mais tout cela est vain, s’il ne chasse de la Cour la faveur (c'est-à-dire les Luynes) et les ennemis de la reine. » Affaires Étrangères (vol. 773, f° 182).

(3) Les commissions de la reine pour lever des troupes sont aux Affaires Étrangères (vol. 773, f° 79). — Le manifeste de la reine, qui comprend un plan de réformes de l'État, est daté du 12 juillet 1620; il est publié notamment dans le recueil des Pièces curieuses rela-

L'évêque de Luçon, qui met peut-être quelque affectation à dire qu'il n’y fut pour rien, eut toutes Les peines du monde à empècher qu'on ne publiât, en même temps, un autre mémoire où « Ja liberté et l’aigreur » dépassaient vraiment ce qui était permis, dans l’état de faiblesse où l’on était. Si on l’en croit, ilavait dès lors peu de part aux conseils. Il se retirait sous sa tente et laissait Les autres s’empèêtrer à plaisir. IL est certain, en tout cas, qu'à partir de ce moment, il prend l'attitude d’un homme qui se ménage une porte de sortie. IL avait compris la portée de la décision émanant du Roï lui-même. Dès que celui-ci marchait, la partie était perdue. Il n’y avait plus qu’à sauver ce qui pourrait ètre sauvé.

Le 3 juillet, il prononça devant la Reine un discours qui serait le plus sage des avertissements, si l’on pouvait se fier à une rédaction qui n’a été imprimée qu'après les événements (1) : « Madame, lui aurait-il dit, il y va de votre conscience; il ne se trouvera aucun de vos fidèles sujets qui vous conseille de vous bander contre votre fils, ni de maintenir les mécontents en leur opinion; les plaintes qu'ils vous peuvent former sont de peu de poids... Voici, Madame, ce que mon devoir avoit à vous communiquer et, puisqu'il a plu à Votre Majesté de m'élire en sa personne, il lui plaira vouloir me pardonner et considérer que les armes ni la force ne triompheront jamais d’un Roi qui a les anges de Dieu pour garde, et que votre contentement ne dépend que de votre unanime consentement afin que tous deux, en une même intelligence, vous puissiez régner heureusement et longuement en paix. »

Donnés ou non, ces conseils n'étaient pas suivis; et pourtant Luynes, de son côté, malgré le succès des armes royales, ne se montrait pas plus fier et était toujours tout disposé à traitives au connétable de Luynes, édit. 1625 (p. 259). — On voit, dans des lettres interceptées qui sont aux Affaires Étrangères (vol. 773, fo 70-75), que la reine n’a envoyé ses commissions qu'après la prise du château de Caen.

(1)CHarangue à la Reine, mère du Roi contre les plaintes de messieursles princes, faites à S. M. sur les affaires du temps, prononcée en présence de toute sa cour par messire À. J. D. P. D. R., évêque de Lucon, au château d'Angers, le 3 juillet 1620, » Opuscule

de 12 pages, petit in-8°, imprimé à Paris avec permission, en 1620, chez J, Mesnier, rue St-Jacques (Bibl. Nat., L. 1673 A K).

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