‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 292 sur 479 · LE ROT ENTRE EN CAMPAGNE · texte numérisé non relu

LE ROT ENTRE EN CAMPAGNE

sions davantage. Péril decà, péril delà, péril sur terre, péril sur mer; allons droit à Caen. »

Le 1%, il passait la Seine, à Honfleur. Le 15, il franchit, d'une traite, l'étape de douze lieues entre Rive et Escouville; il s’'arma et mit son hausse-col, pour la première fois. Il prit un verre de vin clairet et moins trempé qu'à l'ordinaire, « disant gaiement qu'il le falloit ainsi, puisqu'il alloit à la guerre ». A trois heures, il était en vue de Caen et recevait une députation de la ville : « Je ne veux point de cérémonie, leur dit-il; continuez à me bien servir et Je vous serai bon Roi. » Son père, Henri IV, n’eût pas mieux dit. A trois heures et demie, après avoir reconnu la place, il faisait sommer, par le sieur Caiïlleteau, accompagné d’un trompette, le château de se rendre. Prudent essaya de résister. Maïs son lieutenant, ses officiers, ses soldats se prononcaient contre lui et menaçaient de lui faire un mauvais parti, tant était grande l’autorité du nom du Roi. Le surlendemain, Prudent battait la chamade et rendait le château : « S1 le Roi est là en personne, dit-il à son tour, j’aimerois mieux mourir que de m'opposer au premier triomphe de ses armes et suis prêt à lui ouvrir les portes sans capitulation » (17 suillet) (1).

Cesnouvelles s'abattaient, coup sur coup, sur Angers. On y était déjà fort troublé. Ceux des Grands qui avaient récemment quitté Paris étaient arrivés, l’un après l’autre, et leur présence avait, selon le mot de Richelieu, « chargé et incommodé la Reine ». Le duc de Vendôme, la comtesse de Soissons, son fils, le comte de Soissons, le maréchal de Boisdauphin, le duc de Retz, Marillac, tous prétendaient commander. Le spectacle de cette cour tumultueuse est décrit par l’homme qui devait le plus souffrir du désordre : « Étant venus, la division se mit dans les conseils : ils en vouloient tous être les maitres. Ils s’opposoient tous qu on fit venir Monsieur du Maine à la réputation duquel ils auroient été obligés de céder... Tous vouloient de l'argent et promettoient des merveilles; ils prirent l’un, manquèrent

(1) Sur la marche du Roi en Normandie, voir BENT:voGLI0o. — Mercure françois (t. VI). — FLOQUET, Histoire du Parlement de Normandie (t. IV, p. 345 et suiv.). — PAVIE, La Guerre de Louis XIII..., chap. 1v (p. 252 et suiv.).

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