DÉSARROI DU COTÉ DE LA REINE
« Le Roi se présente à la tète de ses troupes avec un visage qui déroba le cœur de toute son armée. » Bassompierre avait amené huit mille hommes de pied et six cents bons chevaux, sans compter quelques autres compagnies. « Alors les deux armées se sont jointes en un même corps, et le roi fit quatre maréchaux de camp sous Monsieur le Prince général, et Monsieur le Mareschal de Praslin, lieutenant-général, qui furent le marquis de Tresnel, Créqui, Nérestan et moi (1).
Voici donc cette belle armée de 12000 one et 1200 chevaux qui, ayant vu tout plier devant elle et ayant forcé les troupes de la reine, avancées en pointe à la Flèche, à se rabattre sur Angers, se trouve, à son tour, campée à la Flèche, le dos à Paris, la face à Angers.
Dans le camp du Roi, on voit arriver encore les parlementaires, Bellegarde, l'archevêque de Sens, et le président Jeannin, qui font la navette entre les deux camps, tandis qu'à l’autre bout, l’archevêque de Bordeaux, Sourdis et l'évêque de Lucon traitent pour la reine (2). L’entêtement était tel, du côté de Marie de Médicis, qu'ils n'avaient pu conclure et qu'ils n'apportaient encore qu'une espérance. L'évêque de Lucon, peut-être par finesse de négociateur, n’en parait pas trop fâché. Il écrit, en effet, le 2 août, au cardinal de Sourdis, une lettre qui, sans révéler le moindre doute sur le résultat final, n'indique non plus aucune envie de capituler à tout prix : « Le Roi est au Mans avec ses troupes et fait état de nous venir épousseter comme il faut. Toute espérance de traiter est rompue; ces messieurs n’en veulent point ouïr parler. En cette extrémité, nous sommes résolus de faire ce que doivent faire des gens à qui la nécessité apprend à se défendre et qui y sont confirmés par la justice de la cause d'une si grande et bonne princesse comme est la Reine. Je crois que vous devez mettre le meilleur ordre qu'il vous sera pos-
(1) Mercure françois (t. VI), et Journal de BassomrteRRe (t. I, juillet).
(2) I est important de constater que l’évêque de Luçon n'avait nullement perdu la confiance des ecclésiastiques et des pacifiques. Ceux-ci continuaient à penser que tout l'espoir d'une entente reposait sur lui. Voir lettre de BeNTivoccio, citée dans Correspondance (t. VIT, p. 187).