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LES DEUX ARMÉES

sible à Loches et, cela étant, je me promets que vous voudrez être de la fête, tout en venant ici (1). »

Par un effet qui se produit presque immanquablement, cette vigueur, devinée chez l'adversaire, ébranlait le favori du Roi: au milieu de ses succès, Luynes était plein d’alarmes. Quand les négociateurs, à La Flèche, eurent rendu compte de leur mission, en promettant de conclure sous un très bref délai, 1l était d’avis que l’on suspendit les opérations pour leur laisser le temps d’achever‘leur œuvre. Ce fut encore le Roi qui intervint pour trancher de son autorité propre. Il dit : « Je ne vous demande pas de résoudre présentement si je dois attaquer ou laisser Angers; il faut, premièrement, que je sache si la Reine, ma mère, y demeurera ou si elle s’en ira. Si elle quitte Angers et qu'elle se retire en Poitou, il faut jeter le fourreau de nos épées dans la Loire; si elle y demeure, nous aurons la paix bientôt. » — Et il ordonna les quartiers, pour le surlendemain, à trois lieues d'Angers. |

Du côté de la reine mère, la vanité des préparatifs et la fatuité des chefs militaires apparaissaient au fur et à mesure qu'on en venait aux actes. C'était bien là ce qu'un véritable homme de guerre, Rohan, qualifie d’un mot expressif, « une défense tremblante dans une ville qui ne valait rien (2) ». La Reine n'avait pas autour d'elle plus de quatre à cinq mille hommes. C'était à cela qu'aboutissaient l'agitation et les discours de ce beau parleur de Marillac. Les contingents du duc d'Épernon et du duc du Maine étaient toujours annoncés; mais on les attendait toujours. Près de la reine mère comme sur le terrain, autant de têtes, autant de commandements. Et puis, ceux d'entre eux qui pouvaient être des hommes d’action, avaient dans le dos le froid regard de cet évèque qui était leur maitre à tous et qui négociait toujours, quand les autres risquaient leur peau : cela n'avait rien d’enga-

(1) Correspondance (t. T, p. 653).

(2) Voir Mémoires de Ronan, éd. 1646 (p. 116). — Cfr, Correspondance (t. VIII, p. 188). — Rohan est très sévère pour Richelieu. Peut-être couvre-t-il ainsi son double jeu. Voir ci-dessus son engagement et cfr., sur l'attitude des protestants et notamment du duc de Châtillon, la correspondance écrite de Paris, le 1° août 1620. Affaires Etrangères, Vol. 773 (£° 84).

geant. Le comte de Soissons, jeune et brave, n'avait ni autorité ni expérience. De ses lieutenants, Vendôme n'avait pas de cœur, Nemours pas d'esprit, Boisdauphin était tombé en enfance, Marillac parlait toujours et en était encore à expliquer les mérites de son fameux plan.

Angers est situé un peu au-dessous du confluent de la Mayenne et de la Sarthe, à cinq kilomètres environ de la Loire. La ville est reliée à la Loire par un chemin aboutissant au grand pont sur le fleuve : le Pont, ou plutôt /es Ponts-de-Cé. C'est un point stratégique d’une importance capitale : entre Nantes et Amboise, il n’y avait pas, au xvu° siècle, d'autre passage sur la Loire. Sa possession décidait donc des communications entre le Nord et le Midi, pour tout l’ouest de la France. Entre Angers et les Ponts-de-Cé, le pays est plat, légèrement bossué par les pentes qui séparent la vallée de l’Authion, petite rivière qui se jette dans la Loire aux Ponts-de-Cé, en faisant un angle très aigu, sur la rive droite du fleuve. Au delà de la Loire, le pays est mamelonné, couvert de vignes, avec des moulins tournant leurs bras sur les coteaux. Dans le fond de la vallée, la Loire coule paresseusement et, après avoir recu l’Authion, traîne, parmi les iles sablonneuses, ses eaux endormies : c’est sur ces îles que sont construits les Ponts-de-Cé (1).

était, à cette époque, deux ponts d'inégale longueur, l’un du côté d'Angers, le plus court, et l’autre du côté de Brissac et de la campagne, sur le bras méridional de la Loire, plus long d'un tiers. Le passage pouvait être intercepté par une sorte de pont-levis. Les Ponts-de-Cé étaient défendus par un vieux château, une bicoque à tour carrée, coiffée d’ardoises, et à mächicoulis très accusés, soutenue par deux tours en poivrière et entourée de

(1) J'ai étudié sur les lieux les détails de la bataille des Ponts-de-Cé et j'ai trouvé le concours le plus éclairé de la part de mon regretté confrère et ami, M. Célestin Port. — Il faut se servir de l'étude approfondie de M. E. PAVIE dans son livre que j'ai déjà cité, La Guerre entre Louis XIII et Marie de Médicis (1619-1620), Angers, 1899, in-8°. On verra que mon récit de la bataille diffère légèrement du sien. — J'ai utilisé le Mercure françois (t. VI, p. 319-339), le Journal d'Héroanp (t. II, p. 247-249), et surtout la vue cavalière de la bataille des Ponts-de-Cé, très intéressant dessin à la plume, conservé au cabinet des Estampes de la Bibl. Nat. et dont je dois l’indication à l’aimable obligeance de mon confrère M. Bouchot. Ce dessin est reproduit ci-contre.

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