‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 308 sur 479 · LE DUG DE’BOUILLON · texte numérisé non relu

LE DUG DE’BOUILLON

en Europe. Il avait vécu en mauvaise intelligence avec Henri IV. Mais celui-ei l'avait ménagé. Le Roi craignait l'humeur turbulente du duc et, l'autorité" qu'il savait prendre sur les esprits. Bouillon, en effet, parlait bien, dissertait abondamment, et prodiguait les conseils hardis, tout en se réservant lui-même (1). Pour ün tel homme, c'était une chance rare que l’ascendant qu'il exercait sur le jeune comte palatin. Il mettait ainsi la main dans les affaires de l’Empire. Au point où en étaient les choses, peu de temps avant La mort de l’empereur Mathias, Bouillon voyait quelque ouverture pour réaliser le projet qu'il avait conçu de poser la couronne impériale sur la tête d’un prince protestant. Ce n'est pas quil se fit 1llusion sur son neveu le comte palatin Frédéric. Celui-ci, joli blond, à la moustache fine, était pour le moins, un téméraire : « Bon prince, disait de lui Bouillon, et tout au plus propre à gouverner un petit État comme Île sien. » Mais 1l n'avait pas d’autre instrument et son imagination aventureuse laissait, dans ses calculs, une part à l’imprévu (2).

Ainsi le prince palatin, flatté et excité par ses deux oncles, le comte Maurice de Nassau et le duc de Bouillon, « politiques aussi pénétrants et aussi raffinés qu'il y eùt alors en Europe »,

(1) Voir la lettre du P. Joseph, citée par FAGn1Ez (t. I, p. 160). — Il n'existe pas une histoire satisfaisante de ce duc de Bouillon, père du grand Turenne. On a, sur lui, l’Hisloire de Henry de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, par M. MarsozLrier, Paris, 1719, in-12, livre incomplet, quoique non sans mérite. — On a publié aussi les Aémoires du duc de BouiLLon. M. BAGUENAULT DE PUCHESSE en a donné, récemment, une édition excellente dans la Collection de la Société de l'Histoire de France; mais il n'a pu rencontrer la fin des Mémoires, qui cependant, d’après certains bibliographes, aurait existé en manuscrit. — Les archives de Bouillon, après diverses vicissitudes, sont passées, en partie, aux Archives Nationales R? 53-54. Voir, en particulier, les lettres du duc de Bouillon avec les rois et reines (1620-1623). On trouverait aussi des traits fort intéressants sur cette physionomie singulière, dans les Mémoires et la Correspondance de Durzessis-Mornai, et dansles Mémoires de Ronan : « Le maréchal de Bouillon, grand de courage et d'entendement, capable de procurer à un État de grands biens et de grands maux et qui avait été tenu en bride par le feu Roi. etc. ». Ronan, éd. 1646 (p. 4). — Voir, enfin, Laucez, Le duc de Bouillon d’après les documents inédits. Revue des Deux Mondes, décembre 1876-janvier 1877. — Le beau portrait du duc que nous reproduisons d'après un dessin de Demonstiers est à la B. N., cabinet des Estampes.

(2) Voir Levassor, Histoire de Louis XIII, (t. II, p. 170), et CHARVÉRIAT (t. I, p. 131).

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