‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 310 sur 479 · FERDINAND DE STYRIE · texte numérisé non relu

FERDINAND DE STYRIE

de l'Ordre d’avoir nourri deux princes comme Ferdinand d’Autriche et Maximilien de Bavière. A eux deux, ils changèrent certainement les destinées de l’Allemagne. Les progrès du protestantisme dans cette contrée avaient été tels, en effet, que Rome avait pu croire, un moment, que sa cause était perdue là comme dans tous les pays du Nord. Ce furent les Jésuites qui se jetèrent en travers du torrent et qui l’arrêtèrent. Loyola avait écrit, en 1553 : « Notre Compagnie doit se porter avec un dévouement particulier, d'après la faible mesure de nos forces, au secours de l'Allemagne que le mal de l'hérésie expose au plus grand danger. » Le succès avait dépassé ses espérances (1).

Ferdinand était un prince froid, concentré, impassible, inébranlable, plein de confiance dans son droit, dans sa cause et dans sa mission. Au cours d’un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, il avait fait vœu de maintenir la religion catholique dans ses États : Dieu ne pouvait l’'abandonner. C'était un mystique calculateur. Il avait la figure longue et forte, le menton des Habsbourg avec la moustache et la barbiche, le front haut et couturé, l’œil terne et intérieur. Ilomme de cabinet et de confessionnal, 1l se livrait, par une volonté réfléchie, à la direction des Jésuites et assurait ainsi l'unité des vues à la campagne entreprise, partout à la fois, contre le protestantisme. Vienne, Madrid, Lisbonne, Paris et Rome étaient en communication constante par les allées et venues des Pères, qui se déplaçaient rapidement, se dépaysaient facilement, se mêlaient de tout, se renseignaient sur tout, connaissaient l’intérieur des familles, les secrets des consciences royales, se substituaient, autant qu'ils le pouvaient, aux anciens ordres en s’attribuant leurs richesses, montraient aux peuples la face rose et souriante d’une religion nouvelle, et, par les prédications et surtout par les collèges, préparaient les générations futures.

Ferdinand étant à eux, ils étaient à lui. Ce fut une belle lutte que celle qu'ils engagèrent ensemble, sous la direction de Rome, pour le salut de l'Allemagne. La mémoire du grand empereur catholique

(1) Pnixtepson, La contre-révolution religieuse en Europe au XVI® siècle, Paris, Germer-Baillère, 1884, in-8°. — Cfr. G. HANOTAUX, Études historiques sur le XVI et le XVIE siècle en France, Hachette, 1886 (p. 89 et suiv.).

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