LE MÉMOIRE DE FURSTENBERG
Pour lui, il s’agit non pas tant d’une lutte de doctrines que d'une compétition pour le pouvoir. La conjuration est toute républicaine; c’est aux trônes et aux couronnes qu'on en à (1). IL signale le péril au Roi Très-Chrétien et développe, point par point, tous les éléments du complot. Venise est l’origine; la Hollande est le foyer. On prétexte la religion; maïs ces deux républiques, qui sont de religion différente, se soutiennent. Les Suisses en sont aussi, et ce sont des républicains; en Italie, c'est Gênes, c'est Pise, Florence, Lucques; en Allemagne, ce sont les villes hanséatiques et les villes libres dont l'indépendance énerve l'Empire : protestantes ou catholiques, elles n’ont d’autres visées que de secouer la domination des Princes: « une seule espérance les nourrit, de pouvoir, en brief, chasser les rois d'Europe ». Si la noblesse d'Allemagne s'engage dans le même parti, c’est que l'aristocratie est volontiers républicaine. | Le vieux comte interpelle les membres de la conjuration « Quelle peut donc être la cause qui vous y a invités? La haine seule que vous portez à la royauté et l’amour que vous avez pour établir l'aristocratie et la démocratie. » C'est Là la véritable raison de la levée de boucliers universelle contre la maison d'Autriche, ou plutôt contre l’Empire : car, à leurs yeux, 1l est le principal et le plus ferme boulevard de la monarchie en Europe. Les monarchies elles-mêmes sont englobées dans cette immense machination. Le prince palatin et ses alliés en sont les instruments aveugles et en seront les premières victimes. Partout la conjuration a pénétré : « Ceux qui traitent aujourd'hui les grandes affaires au conseil secret des Princes sont vo- Jlontiers contraires aux monarchies et principautés et n’approuvent que le gouvernement de plusieurs. » | Pour détruire les monarchies, ils emploient des moyens divers : les calomnies par lesquelles ils rendent les monarques odieux, les séditions qu'ils allument en leur pays et les guerres
(1) Il n’est pas étonnant qu'après les guerres du xvie siècle qui avaient constitué en Europe plusieurs républiques nouvelles, la question de la solidarité monarchique ait été posée dans les conseils des princes, comme elle le fut à la fin du xvrne siècle, pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire. On trouverait milletraits lumineux, sur toute cette politique, dans la vie très indécise et très intellectuelle d'un Jacques 1°’, roi d'Angleterre.