‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 322 sur 479 · SITUATION ÉMINENTE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

SITUATION ÉMINENTE DE LA FRANCE

Bouillon était l'artisan de la machination : il ne pouvait manquer à son pupille. Si bien qu'en décembre 1619, et dans les premiers jours de l’année 1620, avant que le roi Louis XIII eût pris le parti de briser par la force la coalition des Grands et de la reine mère, il avait vu plaider en quelque sorte devant lui la cause politique et religieuse qui partageait l'Europe, le comte de Furstenberg parlant au nom de l'empereur Ferdinand et des catholiques, le duc de Bouillon parlant au nom du Palatin et des protestants.

Le débat était solennel. Les défenseurs de l’une et de l’autre thèse ne furent pas inférieurs à leur tâche. Non seulement la cour de France, mais l'opinion publique était saisie. Paris était rempli d'agents plus ou moins avoués qui se glissaient partout et cherchaient à remuer les passions; des libelles sans nombre circulaient; les deux mémoires soumis au Roi furent immédiatement répandus dans le public.

L'évèque de Luçon, ancien secrétaire d'État aux Affaires étrangères, suivait le procès avec une attention singulière; car cest à ce moment précis que se déposent en lui les premiers germes de ce qui sera, plus tard, la politique européenne du cardinal de Richelieu.

Le mémoire présenté au nom de l'Empereur par le comte Wratislas de Furstenberg avait été rédigé, parait-1l, par le vieux baron Alerimand Conrad de Friedenbourg (1). Sur un ton de burgrave, 1l rappelait son âge de quatre-vingt-trois ans passés, son indépendance, ses services; il se vantait d’avoir, « depuis la journée de Pavie jusqu'en l’année 1586, continuellement porté les armes, recu vingt-cinq plaies le visage tourné vers l'ennemi et été récompensé treize fois extraordinairement ». C'est ce Nestor qui dévoile, en un large tableau, tout le plan de campagne du parti qui agite et soulève l'Europe. Par une vue profonde, il découvre la politique où la foule ne voit que la religion. . (1) Voir toute la pièce dans le Mercure françois, année 1619 (tom. VI, p. 342-370).

Elle est intitulée : « Exhortation aux Roys et princes sur le sujet des guerres de ce temps pour la conservation de leurs Etats et monarchies par le comte de Friedenbourg. »

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