‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 325 sur 479 · DÉLIBÉRATION AU CONSEIL · texte numérisé non relu

DÉLIBÉRATION AU CONSEIL

pour venir en aide à votre mortel ennemi? On vous prie dintervenir : d'accord, intervenez. Demandez la tenue d'une Diète, recherchez, du commun consentement, les moyens les plus propres à établir la paix, à rassurer les consciences, s’il le faut, même à raffermir l'autorité de l'Empereur ébranléce; mais que cela soit fait par vous, sans rien changer à la ligne politique adoptée par vos ancêtres, sans rien abandonner de votre système et de vos alliances. Soyez, comme vous l'avez été, le pacificateur et le protecteur des « communes libertés du pays » (41).

L'idée d’une intervention conciliatrice et, en quelque sorte, arbitrale (le mot est prononcé) de la France était lancée par Bouillon avec une habileté consommée. Dans les affaires, les propositions les plus douces sont les plus facilement accueillies : si le Roi suivait ce conseil, il était presque fatalement amené à prendre, tôt ou tard, position contre la maison d'Autriche. Bouillon, par ce mémoire d'une très haute portée pratique, insinuait en quelque sorte la politique protestante dans la politique francaise; 1l les mêlait l’une et l’autre dans la mesure où elles peuvent s'unir, il signalait, pour la première fois, ce rôle savant d’arbitre intéressée et de protectrice attentive que la France pouvait jouer dans les affaires germaniques.

Ces vues ne furent pas adoptées par le Conseil du Roi. C'est ici que se précisent les responsabilités de Luynes. Né dans le comtat Venaissin et, par conséquent, soumis dès l’enfance à l’autorité pontificale, ayant à compter avec les influences religieuses qui s’exercaient autour du Roi et notamment celle du confesseur, le Père Arnoux (2), soucieux de s'assurer la bienveillance de la jeune reine Anne d'Autriche, d'autant plus qu'il était en rupture ouverte avec la reine mère, Marie de Médicis, et, par-

(1) « Lettre du Maréchal de Bouillon au Roi sur le sujet de l'ämbassade envoyée en France par l'Empereur ». Mercure françois, 1619 (t. VI, p. 371-377). L'attribution au duc de Bouillon n'est pas tout à fait formelle. Mais il me paraît difficile de ne pas reconnaitre dans ce document, sinon la main, du moins l'inspiration de l'habile homme d'État.

(2) Sur l'influence particulière de Père Arnoux, voir FONTENAY-MAREUIL. (p. 121) : « Ce bon père oyant M. de Luynes fort touché de l’état auquel Dieu l'avait mis. lui fit faire vœu de travailler à la ruine des Huguenots autant qu’il pourroit, et jusques à leur faire la guerre, s'il en trouvait l’occasion .»

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