RAISONS DE LA POLITIQUE DE LUVYNES
dessus tout, appréhendant la coalition des grands et des protestants qui se formait contre lui, à l’intérieur du royaume, il avait toutes les raisons de chercher son point d'appui du côté catholique et espagnol. IL s’en défendait pourtant, au début de sa faveur, « de peur que l'accusation qu'il faisoit contre la Reine et les ministres qui avoient gouverné sous son autorité d’avoir trop incliné vers l'Espagne ne fût rétorquée contre lui-même (1) ». Mais la force des choses et sa propre inclination l’avaient emporté sur les hésitations de cet esprit précautionneux qui eût voulu éviter de se prononcer, par souci de ménager tout le monde.
Le nonce du pape, Bentivoglio, avait sur lui un réel ascendant. Rome, naturellement, était, plus que toute autre puissance, en éveil sur les projets de Bouillon et elle avait pris, de bonne heure, ses mesures pour les contrecarrer. Dès le mois de mai 1617, deux ans avant la mort de l’empereur Mathias, une lettre du nenoe près de l'électeur de Cologne, transmise confidentiellement à Bentivoglio, lui avait dénoncé tout le plan de la conjuration; il avait recu, en même temps, les instructions nécessaires pour y parer : « On dit ici, écrivait le nonce de Cologne, comme venant de Hollande, que la mort du maréchal d'Ancre est sortie de la boutique de Bouillon et du comte Maurice. Leurs adhérents dans les conseils du Roi ont pour but d'amener une rupture entre la France et l'Espagne, de façon à réussir par l'intrigue, là où les armes ont échoué. Sous le prétexte de faire suivre par le Roi les conseils de son père, on l’engagera dans les affaires d'Allemagne de facon à débarrasser la France de ses humeurs intestines et à faire poursuivre, pour son roi, l’Empire ou le titre de Roi des Romains. D'où l'alliance avec les hérétiques d'Allemagne. Le Roi, joignant ses forces aux leurs et à celles des Hollandais, pourra, sans grande difficulté, exécuter le dessein, dès longtemps caressé, d’abaisser la maison d'Autriche. Ainsi se trouverait bouleversé tout l’état actuel de la Chrétienté. Il faut travailler à mettre la Chrétienté à l'abri de si grands malheurs (2)... »
(1) Mémoires de Ricuezteu (t. I, p. 183).
(2) La lettre du nonce de Cologne est publiée dans les lettres de BENTIVoGLI0 : « La