RICHELIEU ET MARIE DE MÉDICIS
pensions réduites, ainsi que nous le demandons, au terme où le grand Henri les avait établies. La religion fleurira de nouveau. L'Église reprendra son lustre, étant établie en son autorité... La noblesse rentrera en jouissance des prérogatives et des honneurs qu’elle s’est acquis par ses services. Les duels étant abolis, son sang sera épargné et le roi soulagé d’une grande charge de conscience; enfin le peuple sera délivré des oppressions qu'il souffre par la corruption de quelques officiers, préservé des outrages qu'il reçoit de plus puissants que lui et soulagé en ses impôts à mesure que les nécessités de l'État le pourront permettre. En un mot, toute la France sera remise au meilleur état où nos vœux la puissent porter, et ce qui est à noter, avec tant de facilité que je puis dire sa réformation tant aisée qu'elle est juste, nécessaire et pleine de gloire pour Votre Majesté. »
Quel était donc le secret de ce jeune homme éloquent qui considérait comme « aisée » une tâche dont les autres ne voyaient que l'étendue et les difficultés? Marie de Médicis écoutait. L’évêque se tourne alors vers elle et lui adresse directement la parole : « Toute la France se reconnait, Madame, obligée à vous départir tous les honneurs qui s’accordaient anciennement aux conservateurs de la paix, du repos et de la tranquillité publique! » L’orateur loue la conduite passée, approuve les mariages d’Espagne, puis, plus pressant encore : « Vous avez beaucoup fait, Madame, mais il n’en faut pas demeurer là : en la voie de l'honneur et de la gloire, ne s'avancer et ne s'élever pas, c’est reculer et déchoir. Que si, après tant d’heureux succès, vous daigniez encore vous employer courageusement à ce que ce royaume recueille les fruits qu'il se promet et quil doit recevoir de cette assemblée, vous étendrez jusqu’à l’infini les obligations qu'il vous a, attirerez mille bénédictions sur le roi, pour vous avoir commis la conduite de ses affaires, sur vous, pour vous en être si dignement acquittée, sur nous, pour la supplication très humble et très ardente que nous faisons à Sa Majesté de vous continuer cette administration. »
Ainsi, quoique le roi soit majeur, c’est à la reine qu'on s'adresse, c’est à elle qu'on voudrait confier, pour des années encore, les intérêts et l'honneur du pays; c’est d'elle enfin que l’on implore
RICIELIEU. — T. II. 6