‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 336 sur 479 · BATAILLE DE LA MONTAGNE BLANCHE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA MONTAGNE BLANCHE

Leur cœur éclate : « Toutes ces considérations nous font croire, écrivent-ils au ministre Puisieux, que vous aurez soin, comme nous vous en supplions, de nous envoyer avec diligence les ordres etcommandemens du Roi afin que son autorité ne paraisse pas ici languissante et inutile (2 septembre 1620). » Ils essayent de poursuivre la négociation de la paix avec Bethlen Gabor. L'Empereur répond à leurs ouvertures d’une façon dérisoire : « Pour ne rompre pas, nous fûmes obligés de dissimuler notre ressentiment... » « L'ambassadeur d'Espagne dit tout haut que nous ne viendrons pas à bout de la paix et que l’autorité du Roi son maïtre ne peut permettre que l'autorité du Roi réussisse les affaires... » « Nous pouvons dire, en vérité, que nous sommes, 101, sans aucune consolation ni satisfaction que celle de servir au gré de notre maïtre (1). »

Et encore, ce maître ou, du moins, ses ministres ne sont pas contents. De la cour, on les accuse de voir les choses en noir, de se laisser influencer par l’ambassadeur d'Angleterre. Puisieux leur écrit, assez naïvement, de persévérer, qu'ils vont réussir, que la saison qui approche « est plus propre aux traités qu'aux combats (2) ». |

Or, au même moment, ils apprennent et ils annoncent à la cour l’inévitable catastrophe : le prince palatin a été battu, à plate couture, à la Montagne Blanche, près de Prague. Tandis que le prince d’Anhalt, général de l’armée bohémienne, réduit à une armée de 24 000 hommes, par suite de la neutralité de Mansfeld, essayait de se dérober, Maximilien de Bavière, sur les conseils de Tilly et contrairement à l'avis de Bucquoy, l'avait attaqué résolument. La déroute fut complète. Neuf mille Bohémiens restaient sur le carreau. Le duc Ernest de Weimar et le jeune prince d’Anhalt, celui-ci grièvement blessé, étaient prisonniers. Le prince palatin, « roi d’un hiver », ne s'était pas battu. Surpris par la défaite, il avait fui, en abandonnant Prague. Le 9 novembre 1620, l’armée catholique entrait dans la ville, et bientôt toute la Bohême faisait sa soumission (3).

(1) Négociations, lettres du > septembre (p. 257), du 23 septembre (p. 279), du 4 novembre (p. 303) du 11 novembre (p. 329).

(2) Ibid. (p. 317), et lettre de Puisieux du 20 octobre 1620.

(3) CHARVÉRIAT (t. I, p. 231). Ernest Denis, Les premiers Habsbourg (p. 554).

Page 1