‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 335 sur 479 · L'ESPAGNE ET L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE ET L'EMPEREUR

Bethlen Gabor, appréhendant, à ce qu'il semble, une intervention polonaise, vient de signer un armislice, et sa défection a contraint le comte de Thurn à abandonner Vienne et à se replier sur la Bohème. Mansfeld, lui-même, reste neutre à Pilsen, attendant les événements. Maximilien fait alors sa jonction avec le comte de Bucquoy et tous deux, à la {ête d'une armée de 50000 hommes, s'avancent sur le Palatin réduit à ses seules forces en Bohême.

Les ambassadeurs de France, un peu inquiets du succès si rapide de leur intervention, quittent Ulm pour se rendre à Vienne. Ils n’ont pas oublié que leur mission est de devenir, en Allemagne, les arbitres de la paix. Ils ont désarmé les pro- .testants ; ils veulent obtenir le même avantage auprès des Impériaux. Mais ils s’apercoivent bientôt qu'on ne les écoute plus; on les tient à l'écart; on les traite en suspects; on craint d'éveiller les susceptibilités de l'ambassadeur d’Espagne. Laissons-les parler : «Dès lors, nous commençcämes à connaitre que l’on nous avait dit vrai, étant certain que l’ambassadeur d'Espagne : est si puissant dans les conseils de cette Cour qu'il ne s'y agit plus que par ses seuls avis, pour ne pas dire par ses ordres (7 août 1620). »

L'Espagne marche, tandis que la France parle. Au moment où les ambassadeurs écrivent cette lettre, Spinola quitte l’archiduc Albert et commence la campagne d'invasion du Palatinat (1). Au fur et à mesure que les événements se précipitent, les ambassadeurs, ballottés entre des sentiments contraires, se sentent inutiles, un peu ridicules. Ils en sont encore à précher la paix, tandis que le bruit des armes retentit de toutes parts; ils voudraient prendre et surtout faire prendre au sérieux ce rôle d'arbitre de l'Allemagne que la Cour de France s'était si légèrement attribué. Pour cela, ils frappent à toutes les portes. On refuse d'examiner leurs propositions On les traine. Ils languissent. L'Empercur ne les voit que dans des audiences d’apparat et sans confidence. Et encore, il se plaint de ne pas recevoir le secours que le roi de France lui avait fait espérer.

(1) Négocialions (p. 227). — Sur l'influence de l'Espagne à la Cour de Vienne, voir GiINDELY, Geschichte der Bühmischen Aufstandes(&. T, p. 8-49).

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