‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 338 sur 479 · ÉCHEC DE LA POLITIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ÉCHEC DE LA POLITIQUE FRANÇAISE

justes armes ceux que des raisons et prières n’auroient pu fléchir, appelant et surveillant sous son autorité, par une conspiration nécessaire, toutes les puissances de l’Europe intéressées en ce fait et directement opposées au dessein d’Espagne (1). »

Luynes recevait donc cette lettre de Vienne et, en mème temps, Ja nouvelle de la bataille de Prague; cette dure lecon des faits était encore plus éloquente que la parole des ambassadeurs. La Maison d'Autriche rétablie; l'Espagne maîtresse du Rhin et menacant l'Alsace dont elle avait tant envie; la Hollande, inquiète, cherchant de toutes parts du secours; le Palatin chassé de la Bohême et traqué dans ses États; l'Europe envahie, soudain, par l'ombre grandissante de l'empire de Charles-Quint reconstitué : tels étaient les résultats de l’habile manœuvre diplomatique accomplie à Uln ! |

Si encore on avait su ce qu'on voulait, où on allait; si on avait fait payer à la maison d'Autriche ce secours inespéré; mais non; on avait été surpris, même par le succès. Le roi de France était battu par sa propre victoire. On avait tout compromis, même l'honneur. Le dessein avait été nul, les actes étaient dérisoires, les hommes restaient ridicules. Ulm sera, pour la mémoire de Luynes, une tache ineffacable (2). |

L'histoire, abusée par les témoignages contemporains et mal renseignée d'ordinaire sur le secret du cabinet, est d'ailleurs si négligente qu'elle sait à peine démêler, dans l’entassement des

(1) Ce document, un des plus considérables que nous connaissions sur la politique extérieure de la France sous l’ancien régime, est daté du 25 novembre 1620. Il est publié dans les Négociations du duc d’ANGOULÈME etc. Mémoires de VILLEROY, éd. 1723 (t. VI, p. 368). Il fut probablement rédigé par M. de Béthune, frère de Sully, qui tenait la plume pour la mission. Mais il ne faut pas oublier que le duc d'Angoulême était un homme autorisé, intelligent et instruit.

(2) Les contemporains ne s’y trompèrent pas. Voir le jugement que porte FONTENAY- Mareguiz sur cette politique de Luynes (p. 142 et suiv.). — Rohan plus passionné, mais dont le puissant esprit juge les faits et les conséquences, dit : «Luines possédait absolument la faveur de son maître... Monté par d’indignes moyens au suprême degré de la puissance, il s'en servit pour régner ; il mourut en la continuant et il laissa le conseil du Roidans un embarras capable de causer la ruine de la France. » Mémoires, 1iv. II. — C’est contre cette opinion, traditionnelle en quelque sorte, que M. Gousin s'est élevé dans les articles du Journal des Savants que nous avons souvent cités. Voir, notamment, le numéro de juin 1861 et surtout la leltre de l'ambassadeur vénitien du 24 décembre 1619, citée en partie en note.

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