ERREUR DE LUYNES
faits qui la sollicitent, ceux qui sont d’une importance décisive. D'ailleurs, quand il s’agit de politique internationale, les conséquences des résolutions prises ne se produisent que lentement. Il faut des années pour que le germe se développe ; il y a beau temps que ceux qui l’ont déposé ont disparu de la scène du monde !
Si, dans cette crise de 1621, qui est à peine mentionnée par nos histoires, la France eût eu à sa tète un gouvernement ferme ou prévoyant, les maux de trente ans de guerre eussent probablement été évités. À cette date, une parole dite par le roi Louis XII, une attitude, un langage ferme tenu par ses ministres, eussent changé le cours des choses. Par la suite, 1l a fallu la double et étonnante carrière d’un Richelieu et d’un Mazarin, il a fallu le génie militaire des Gustave-Adolphe, des Condé et des Turenne pour réparer le mal que la négligence ou l'incapacité d'un Luynes ou d'un Puisieux, soucieux uniquement de se maintenir au pouvoir, ont, sans même l’apercevoir, laissé commettre.
L'art de la diplomatie est un art secret ; s’il fait bien, il est peu apprécié, ses succès restant cachés dans le mystère des archives et dans une heureuse suite d'événements prospères qu'on attribue au cours naturel des choses ou à la fortune. S'il fait mal, ses fautes, qui ont des conséquences incalculables, ne sont apercues que par quelques-uns et, quand ils parlent à temps, on ne les croit pas. Il est bien rare que les catastrophes se précipitent avec une rapidité telle que les Cassandre aient la douleur de voir leurs prophéties funestes se réaliser et de contempler le mal qu'ils ont prévu et annoncé.
La Maison d'Autriche, sauvée par Luynes, en 1621, imposa à la France plus d’un siècle de sanglants efforts. Le favori ne pouvait guère se douter de la portée d’une détermination qu'il avait prise en se jouant.
Pourtant les faits se chargeaient bientôt de dévoiler même à son aveuglement d’autres suites non moins graves et immédiatement préjudiciables aux intérêts du pays. Un plus habile eût peut-être ouvert les yeux et se serait repris; mais la sottise ne se corrige pas; il s’enfonçca dans son erreur; et il ajouta une