LA VALTELINE ET LES GRISONS
La Valteline n'a guère que vingt lieues de long sur à peine une lieue de large. Se dirigeant de l'Ouest à l'Est, elle remonte le cours de l’Adda depuis son embouchure, dans le lac de Côme, jusqu'à sa source, non loin de Bormio; elle se rapproche, alors, par un coude vers le Nord, de la vallée de l’Engadine et de l’Inn supérieur. Elle est le nœud d’un continent; d’après la parole d’un contemporain, « elle est l'enfant né des relations de l'Italie et de l'Allemagne (1) ».
Les Valtelins prétendaient se rattacher aux Étrusques. Jusqu'au début du xvi' siècle, ils dépendaient du Milanais. Après les guerres où la France prit part et où le sort du Milanais fut si longtemps disputé, les Valtelins, par une cession du duc Maximilien Sforza (1513), devinrent les sujets ou, du moins, les vassaux des Trois Ligues Grises. Cette région éminemment italienne fut donc détachée de l'Italie et subordonnée à des populations plus septentrionales.
Les Grisons étaient d’une autre race : c'étaient des gens rudes, vivant en république démocratique. Si près des Italiens, ils pouvalent, par comparaison, passer pour des barbares. Tandis que les Valtelins étaient restés catholiques, les Grisons, plus voisins de l'Allemagne, s'étaient faits protestants. Les ministres grisons, les « prédicans », disaient « qu'ils étaient prédestinés pour aller planter leur religion en Italie »; 1ls affirmaient que,
(1) Cette affaire de la Valteline a encombré les archives et les bibliothèques des documents et des publications qui s'y réfèrent. Elle fut considérée, avec raison, par les contemporains, comme la plus importante des affaires européennes. Voici, à titre d'indication, les principaux documents consultés pour l'exposé très succinct qui se trouve au texte. Je citerai d'abord, comme l'ouvrage le plus utile, lexcellent livre de M. Edouard Rorr : Henri IV, les Suisses et la haute Italie, Paris, Plon, 1882, in-8°. Les cartes annexées sont des plus claires.— Voir, comme documents contemporains, le recueil intitulé Histoire de la Valleline et Grisons, contenant les mémoires, discours, traités etc. depuis Van 1620 jusqu'à présent, Genève, R. Albert, 1632, in-12. — Un autre recueil : La Valteline, mémoires,trailés,etc., 1631, in-12.— Je possède un autre recueil qui contient les pièces suivantes : Récit véritable de l’État lamentable de la Valteline, 1623. — Remonstrance d'un chevalier castillan au duc d’Albe, Lyon, 1623. — La trompette de la Valteline, 1623. — Constitution de N. S. P. le pape Grégoire XV. — Histoire véritable de ce qui s'est passé en la Valteline, 1625. — Discours sur l'affaire de la Valtelineet des Grisons (attribué à Fancan), 1625. — Il faut surtout suivre ces négociations dans les lettres des Nonces et dans celles des ambassadeurs vénitiens et, bien entendu, dans les manuscrits conservés aux Affaires Étrangères.