SUCCÉS DE L'ESPAGNE EN VALTELINE
Protestants et catholiques, Espagnols, Vénitiens et Français, les partisans des diverses factions se subdivisèrent en des partialités atroces : on ne pouvait plus se tolérer. On en vint aux armes. Les catholiques eurent le dessous d’abord. On condamna et on exila les deux frères Planta, qu'on accusait d’aspirer à la tyrannie (1). Avec leurs compagnons ou leurs complices, ils durent se réfugier au Tyrol. Mais là, à l'abri en territoire autrichien, encouragés et stipendiés sous main par l'Espagne, ils préparèrent leur revanche. Le 19 juillet 1620, les catholiques, commandés par un certain Robustel, parcoururent le pays d’un bout à l’autre, de l'Est à l'Ouest, en traquant et massacrant les protestants. Ce fut une Saint-Barthélemy. Plus de quatre cents personnes furent tuées; les familles furent détruites ou dispersées, les maisons des huguenots brülées ou démolies, les biens confisqués. La Valteline se retrouvait tout entière catholique et italienne.
Les Grisons, furieux, prétendirent la traiter en insurgée. Ils passèrent tumultueusement les montagnes. Mais leur indiscipline causa leur ruine. Les rebelles Valtelins, soutenus ouvertement par le duc de Feria, gouverneur du Milanais, contraignirent leurs suzerains à la retraite. Une seconde campagne, tentée en septembre avec l’appui d’une petite armée levée dans la Suisse protestante, n'eût pas plus de succès. Le désastre subi à Tirano par les Zuricois et les Bernoïs alliés des Grisons, précipita la conquête de la Valteline par l'Espagne. En octobre 1620, cette dernière puissance était entièrement maitresse des défilés (2).
C'était le moment même où Louis XIIL battait Marie de Médicis aux Ponts-de-Cé, et c'était le moment où Maximilien de Bavière, marchant au secours de la Maison d'Autriche, commençait la campagne qui allait décider du sort de l’Allemagne.
Il y avait donc un immense mouvement d’offensive simultanée de toutes les forces catholiques sur le large front de ban-
(1) La Valteline (p. 125).
(2) Sur la politique très énergique de l'Espagne, voir les instructions données au marquis de Mirabel, dans Cargricue, Richelieu et Mazarin (L. 1, p. 278-281). RICHELIEU., — T. Il. 26